Comme une critique du dernier livre de Reynald Secher était promise là et qu’elle ne vient pas, en voici une autre. Ce livre est profondément décevant. Cela ne vient pas de ce qu’il s’agit d’un réquisitoire plutôt que d’un livre d’histoire. Ce choix appartient à l’auteur. Mais en l’ocurence, le réquisitoire ne convainc pas ou plutôt, reposant sur une vision candide et une argumentation chaotique, il provoque en 300 pages le même effet qu’une chronique d’une page de Bernard Henry Levy sur le génocide arménien: une réaction de rejet pour les marchands de mémoire et leur bric à brac législatif.
Dès l’introduction une question de bisounours nous fait rentrer dans le vif du sujet:
Si la mémoire du génocide des Vendéens avait été entretenue, aurait-on connu, en tout cas dans leur ampleur, les génocides commis par Talaat Pacha, Lénine, Staline, Mao, Hitler, Pol Pot, etc.?
Justement, les bolchevistes de la liste avaient une parfaite connaissance des exploits terroristes de la Convention, et ils y certainement puisé leur inspiration. Pour les deux autres, les turcs et les nazis, gageons que la connaissance du texte de Secher les aurait juste orienté vers de nouvelles idées astucieuses pour éliminer plus vite leur proie ou de manière plus civilisée.
Si on suppose que la mémoire aurait renforcé la résistance à ces bourreaux, c’est négliger la guerre des Blancs en Russie, celle de Français et des Américains en Indochine, les 100 000 morts français de mai- juin 1940 (sans compter les Polonais de septembre 1939…) ou que pendant que les turcs égorgeaient joyeusement les Arméniens, ils obligeaient les Français et leurs alliés à rembarquer à Gallipoli. Alors, pour convaincre, il faudrait déjà éviter de poser des questions bêtes.
Ensuite, on a droit à une jolie démonstration du génocide qui amène à conclure que les Anglais en brûlant Jeanne d’Arc et en concourant à réduire de moitié la population française par la Peste ont commis un génocide ou que le peuple de Paris a été victime d’un génocide à la fin de la Commune.
Bien sûr, il y a l’argument central, les lettres du Comité de Salut Public. Ce matériel est effectivement de première valeur, il est juste regrettable qu’il soit si mal exploité. Les armées de la République sont massés pour détruire l’armée des Vendéens. Les ordres sont formels. Il ne vient toutefois pas à l’idée de Secher que l’armée Catholique et Royale est une armée de rebelles et que jusqu’à peu le sort des rebelles armés était la peine de mort. Alors Le Mans et Savenay, oui c’est terrible, mais ce n’est pas un génocide, pas plus que les fusillades de mai et juin 1871 à Paris et Versailles (alors qu’à cette époque la peine de mort pour rébellion armée était abolie). Au fond, ce qui indispose, c’est cette répétition du terme à mauvais escient. Un vendéen est zigouillé sur ordre de la Convention, zou “génocide”. Des prisonniers sont exécutés : “génocide”…
Alors bien sûr on affiche son goût pour la nuance et le raffinement des problématiques après avoir asséné à grands coups que toute action de répression violente était un génocide.
Au niveau de l’histoire officielle, la Vendée se résumait à une simple guerre civile, à une guerre franco-française entre Bleus et Blancs, sans possibilité de discerner et de comprendre les problématiques, le passage de la guerre civile à l’anéantissement et à l’extermination, et la dimension réelle des faits.[...] Les évènements réduits à une simple épreuve de force et de confrontation entre deux parties, justifient d’avance les éventuelles atrocités qui ne peuvent qu’être réciproques et de même intensité.
La difficulté, c’est qu’en suggérant les nuances après le développement, on ne comprend plus rien à l’enchaînement des faits et on n’est pas vraiment éclairé sur les effets que la pétoche a eu sur les conventionnels et leurs affidés. Le lecteur honnête et avant d’ouvrir le livre, favorable, en arrive à se dire que le fameux génocide “pt’ete ben qu’oui ou pt’ete ben que non” et qu’il finit par s’en foutre parce que le normand Frotté n’est pas concerné.
Heureusement, à cette heure critique, Orwell arrive à la rescousse. Il faut un ministère de la Vérité, et jusqu’à présent elle a failli à cette tâche.
C’est ce qui explique que l’université française, jusqu’à une période récente, n’ait pas soulevé la question de la nature de la répression en Vendée et appréhendé les problèmes fondamentaux du droit et de la qualification.
Jolie logique doucereuse qui doit amener l’Académie à juger le passé au prisme du droit présent et à appliquer les concepts prescrits. Génocide, on vous dit.
Enfin, on a droit à la construction du mémoricide. Reconstruction, amnistie et réparations par Napoléon, MEMORICIDE. Même la Restauration, ingratitude, réparations matérielles, pacification: MEMORICIDE. Alors la République avec l’infâme Michelet (quelqu’un a-t-il regardé ce qu’écrit l’affreux bonhomme Thiers? parce qu’il n’est pas dans les références malgré ces innombrables volumes sur la révolution], et l’abominable Clémenceau et son discours sur “la révolution est un bloc”. Le discours est légèrement abject et heureusement que le Tigre d’autres actions antérieures et postérieures (pas celles de Panama) à son actif. Négation ou exaltation de la répression, il faudrait quand même choisir. On peut reprocher à Georges de ne pas parler de génocide, même si le terme lui est nécessairement étranger, mais pas de nier les noyades, fusillades ou autres. Soyons sûr que cejour là, il aurait suffi de le titiller sur les tanneries de peau humaine (un must des génocides) pour qu’il tanne le cuir de son adversaire. Confondre “discours politique (mauvais)” et destruction de la mémoire alors que toutes les horreurs du passé sont rappelés, c’est un joli coup de bluff qui ne prend pas.
Alors même le mémoricide retombe là où il aurait dû rester.
Ce constat de médiocrité de l’argumentation est d’autnt plus désagréable qu’il y a dans et autour du livre une matière première historique de première qualité. Il aurait juste fallu le défendre sans se prendre pour Bernard Henry-Levy ou Clemenceau et troquer le “J’accuse” pour le “Je me souviens” des Québecois qui étaient paraît-il originaires du Poitou comme les Vendéens.