En temps de guerre, un film de propagande donne un navet ou un chef d’oeuvre. La vie du colonel Blimp, jeune idiot devenue vieille baderne appartient à la deuxième catégorie. Une histoire simple, en 1900 le jeune lieutenant Candy, alias Blimp, se rend à Berlin pour défier un provocateur allemand qui profite de la guerre des Boers pour flétrir l’honneur britannique. S’ensuit un duel contre un lieutenant prussien tiré au sort. Les deux jeunes imbéciles se blessent mutuellement et profitent de leur convalescence pour faire connaissance. A travers les conflits, leur amitié perdure, même si l’Allemand épouse l’Anglaise dont Blimp s’était épris.
Le sujet est magistralement traité en pleine guerre, bien que Churchill n’ait apprécié ni l’idée, ni le résultat (comme quoi on peut être un excellent homme d’Etat et ne pas avoir de bon sens en matière cinématographique.).
Les séquences s’enchaînent mécaniquement depuis le carrousel de motos et de camions qui ouvre le film. Un jeune présomptueux a décidé d’interpréter à sa manière l’ordre donné pour un exercice d’invasion. “Like the real thing”, il s’en prend à Blimp devenu général au cours d’une bagarre dans la piscine d’un bain turc. Le réalisateur en profite pour faire un magnifique traveling sur la piscine et faire émerger Blimp quarante ans plus tôt, juste avant qu’il ne parte défier ses chefs et l’armée allemande à Berlin.
C’est une série d’idées ingénieuses qui donnent à ce film aux couleurs vives du début du Technicolor son relief:
La jeune Deborah Kerr joue parfaitement les trois personnages féminins principaux, la miss anglaise de la Belle Epoque employée dans une famille allemande mais jalouse de l’honneur britannique, la jeune femme des années vingt qui accepte d’épouser Blimp vieillissant, et la conductrice secrétaire en uniforme du vieux général Blimp dans les années 40.
Les séquences en kaléidoscopes pour représenter le temps qui passe. Une série de trophées de chasse se termine par un magnifique casque à pointe accompagné de la mention Hun 1914. Ensuite ce sont les cartons d’invitation de réceptions mondaines, jusqu’à la mort de la jeune madame Blimp dans les années 30, avant une nouvelle série de trophées.
Surtout, la caricature des moeurs allemandes est réalisée finement, sans anachronisme ou exagération. Les Anglais eux-aussi ne sont pas épargnés, avec les messieurs graves du début de siècle et les militaires dépassés par les Allemands qui refusent de jouer fair play dans les années trente, like the real thing.
Quand on aime les films fleuves du début du cinéma en couleur, Blimp est incontournable. Certes il n’existe pas de version française, mais est-elle vraiment nécessaire? Un film fait par un émigré d’Europe Centrale avec dans le rôle titre un acteur formé à l’école du théâtre shakespearien y perdrait beaucoup.
En voici une petite séquence qui montre comment provoquer un allemand:
et une autre sur les relations germano-britanniques à la mode militaire de 1900:










