Regard Naif

Des limites du libéralisme économique

septembre 16, 2008 · Un commentaire

La présente rubrique étant consacrée aux questions théoriques, le charlatanisme socialiste n’y sera pas étudié. La première théorie passée au crible sera donc le libéralisme ou plutôt la manière dont ses adeptes inconditionnels le défendent en regardant les banques tomber et les marchés s’affoler.

La théorie libérale repose certes sur un résultat solide, le théorème démontré par Maurice Allais (ne boudons pas notre plaisir qu’un Français ait compris quelque chose à l’économie) à propos de la maximisation du bien social, garantie par le marché ou plutôt par les prix du marché. Jusque là tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais n’oublions ni les hypothèses, ni le sens du mot maximal, ni le passage de la théorie à la réalité.

L’hypothèse principale est la stabilité absolue de la monnaie qui correspond à la valeur des choses. A cet égard, la nature de la valeur est fondamentalement différente de celle d’un produit ou d’un service, et la monnaie fournit un réferentiel stable tant que Philippe le Bel ne s’amuse pas à rogner les pièces d’or ou la Réserve Fédérale à prêter à tors et à travers.

Le mot maximal s’entend au sens de Pareto (Pareto est italien, ce qui peut justifier la difficulté à comprendre ses idées.), c’est à dire que tous les agents de l’économie ne peuvent pas améliorer simultanément leurs intérêts économiques, mais certains le peuvent certainement. Cela est d’autant plus important qu’un tel optimum n’est pas unique et qu’il correspond à une répartition des richesses acceptée.

Enfin pour le passage de la théorie à la réalité, c’est à dire de la manipulation de concepts statiques à des processus dynamiques et évolutifs, cela ne peut se faire efficacement que si l’établissement des prix par le marché garantit une convergence certaine et rapide vers l’optimum. Bien sûr, ce n’est pas le cas les mécanismes du marché, qui correspondent à un ajustement par les prix dans un sstème complexe, n’ont pas cette vertu.

Conclusion, le marché est efficace pour un ensemble qui s’accorde sur ce que doit être la répartition des richesses (optimum de Pareto). La régulation par les impôts sert à fixer cet équilibre en plus d’assurer l’existence de l’Etat. Le libre-échange intégral correspondrait à un compromis mondial sur un modèle de répartition des richesses, autant dire que ce n’est pas assuré, ce d’autant plus que nombreux seront ceux qui auront intérêt à tricher (à l’équilibre du marché de nombreux acteurs ont un intérêt personnel à tricher).

Bref, la théorie libérale intégrale ne marche que chez les bisounours (et encore!) et nos gouvernements doivent continuer à remuer leurs méninges, ce qui est effectivement le plus difficile.

PS: La prochaine fois je m’attaque à la démocratie.

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1 réponse jusqu'à présent ↓

  • De Vriendt // octobre 26, 2008 à 11:29

    A ceux qui proposaient l’histoire comme source de leçons, Hegel répondait que la seule leçon de l’histoire est qu’on en tire pas de leçons (voir La Raison dans l’Histoire).
    L’économie étant domestique dans son origine (voir étymologie) et routine dans son statut, ne nous étonnons pas que les économistes (professeurs ou acteurs) n’en aient jamais retenu la leçon équivalente.
    Soutenir que l’économie de marché est le système le plus efficace est une billevesée qui ne doit quelque crédit que par comparaison avec le communisme (dont l’absurdité à été démontée définitivement par Aristote à propos de la communauté des femmes et des enfants soutenue par Socrate dans la République).

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