Je vidais un nouveau godet avec Wladimir et nous devisions gaiement du réchauffement climatique qui nous vaut un temps pourri depuis le printemps quand un attroupement de badauds bien parisiens me signala la fin de la réunion coopéraive syndicale de mon supermarché préféré. Comme Nicolas ne semblait pas être trop importuné je pus me faufiler jusqu’à lui et reprendre le fil d’une discussion interrompue. Heureusement, la délibération des salariés du G20 semblait avoir été autant arrosée que mon attente à la station service. De mémoire et hors borborygmes cela donna à peu près:
- Alors Nicolas, avez-vous réussi à sauver votre bazar?
- M’sieur Naïf, grâce à la présence de monsieur Hu des Délices de Pékin (le restaurant chinois vietnamien du coin, comme partout) et de monsieur Singh du Ganesh Nucléaire (un nouveau restau indien qui vient d’ouvrir) nous avons eu un dialogue constructif qui nous a ouvert la voie pour des solutions novatrices qui assureront à terme une économie solidairement durable dans le quartier (là je ne sais pas si ce n’était pas une économie durablement solidaire).
- Auriez_vous réussi à les convaincre de ne pas ouvrir une nouvelle friperie en plus de la Foir’fouille et de Tout à un euro?
- Ah non, nous ne voulons surtout pas porter atteinte au libre commerce, mais l’ouverture à la diversité a été définitivement renforcée par notre adhésion massive aux valeurs solidaires. Non seulement l’expérience de féminisation du rayon bricolage a été une pleine réussite grâce à la solidité d’Angela (une hommasse pas commode qui devrait plutôt s’appeler Angelo, mais qui a quand même le mérite en adhérant à la CFTC de s’entendre avec un magasinier de la CGT), mais un avenir radieux s’ouvre avec la désignation d’un nouveau gérant fruit d’un enrichissement mutuel de la vieille Europe et de la jeune Afrique.
- ??????
- Certes il reste quelques mauvais esprits comme Silvio du rayon habillement, ce bellâtre mal fringué et m’as-tu-vu (là c’est Nico qui parle). Il se permet de faire des blagues de mauvais goût en croyant faire de la haute couture quand il vent des jeans pourris, mais nous avons réussi à lui faire comprendre la gravité de son inconduite verbale.
- Concrètement, allez-vous échapper à la liquidation?
- Il ne faut pas poser la question en ces termes. Dominique le banquier que j’ai fait choisir par la coopérative unanime nous a promis un soutien sans faille grâce à ses performances au tennis. Notre crédibilité est sauvée, et comme Hu et Singh détiennent déjà une participation majoritaire dans notre entreprise nous allons pouvoir construire une entente constructive dans une perspective win-win.
- Win-win, serait-ce une nouvelle philosophie orientale?
- Mais non, c’est une expression de Jean-Pierre notre ancien responsable communication qui en avait fait un slogan magnifique pour que les clients disent Yes à nos produits frelatés. Avec la tempête dans un crâne de Ségolène (la caissière un peu hautaine qui engueule les clients en leur refilant des tracts de la LCR) nous avons pu atteindre le sommet de la perfection communicationnelle. D’ailleurs cette réussite méritoire fera demain le titre de notre journal gratuit (le Figarose).
- Et concrètement ?
- Cette réunion est un grand succès qui résout les questions fondamentales posées par les impayés des clients nécessiteux qui ont abusé de notre carte de fidélité Cofinco. Nous allons désormais asseoir leur dette sur les biens des clients solvables dont nous tenons la liste de courses.
- En clair, les prix vont augmenter et je vais devoir cracher au bassinet.
- Mais non, tu fais preuve d’un manque ébouriffant de civisme républicain démocratique.
- Et si je veux changer de crémerie?
- Tu raqueras quand même pauvre con!
Sur ce je pris mes cliques et mes claques, et comme il n’y a pas d’autre supermarché à l’horizon je me prépare à me serrer la ceinture en ouvrant mon portefeuille.
PS: Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait pure coïncidence.