Bien que la culture générale n’a plus sa place dans les épreuves de recrutement de l’administration, les candidats continuent de devoir montrer leur capacité à écrire et à raconter ce qu’ils ont vu. Ainsi pour la dernière place de cantonnier ouverte à concours par la commune de Gleux les Lure (Saône supérieure), les candidats ont du traiter le sujet: “Au cours de votre tournée d’inspection de la voirie communale, vous avez découvert un cadavre. Vous le racontez à votre petite amie. (temps accordé 2h00, moins de 100 mots)”.
Un bienheureux hasard nous a mis entre les mains la copie corrigée de Baudelaire, Charles, qui a finalement été recalé en raison de ses dettes au bar-tabac de Gleux. Son texte est le suivant:
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux: (Bonne idée de faire croire à votre amie qu’elle vous accompagnait, mais cela est interdit par le réglement communal.)
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux, (Vous connaissez le travail de cantonnier: semer des cailloux, c’est un bon point.)
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique, (Cette remarque montre votre connaissance approfondie des cycles Rocco Sifredi diffusés sur Canal plus, un bon point.)
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons. (Vous avez raison de signaler que cela puait avant même que vous aperceviez le cadavre.)
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint; (Evitez la grandiloquence dans votre description, nous vous demanderons d’aligner des cailloux, pas de comprendre la nature.)
Et le ciel regardait la carcasse superbe (soyez plus précis dans vos descriptions, quelle taille et quel poids la carcasse)
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe (Bien de dire que vraiment un cadavre ça pue.)
Vous crûtes vous évanouir.(Ne cherchez pas à étaler votre science en faisant croire que vous maîtrisez la duxième personne pluriel du passé simple, la Princesse de Clèves n’est plus au programme, rappelez-le vous.)
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons. (Encore une fois une très bonne connaissance de la nature, étrange pour un citadin!)
Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rhythmique
Agite et tourne dans son van.
(Même si le maire n’est pas opposé à la consommation de stupéfiants, vous auriez du vous abstenir avant de venir passer une épreuve sérieuse. Ce qui est bien c’est que vous pourrez tenir votre place au bistrot avec l’imagination dont vous faites preuve ici, mais cessez d’abuser de substances hallucinatoires.)
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir. (on a compris que vous êtes en verve)
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché. (C’est bien de signaler que le garde-champêtre ne fait pas son travail d’éradication des chiens errants. Votre sens de l’observation pourrait être précieux.)
- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion! (Ces allusions portent atteintes à la laïcité, qualité essentielle pour un cantonnier, agent du service public.)
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements. (Si l’entretien des cimetières peut faire partie de vos attributions futures, vous ne devez quand même pas vous y complaire.)
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés! (Cette croyance en l’immortalité de l’âme et ce goût pour des attouchements nécrophiles sont la marque d’un dérangement psychologique certain. Un cantonnier peut être simple d’esprit ou légèrement dérangé, mais vous poussez le bouchon un peu loin.)
Appréciation générale: S’il est appréciable d’avoir un candidat qui délaisse le langage SMS et qui fait preuve de connaissances professionnelles solides, une imagination débordante peut nuire. La richesse de votre vocabulaire pourrait également embarrasser vos supérieurs municipaux. Vous manquez également d’un attachement sincère aux valeurs laïques et républicaines et d’un goût trop prononcé pour les psychotropes non alcooliques. Vous devriez plutôt vous présenter comme intermittent du spectacle. (8/20)

Le nouveau cantonnier de Gleux-lès-Lure, la preuve que l'absence de culture générale empêche le favoritisme.
PS: on annonce que le lauréat du concours pour la place de cantonnier de Gleux-lés-Lure aurait aussi réussi à être embauché comme chef des pompiers de Lantenot grâce à cette géniale proposition: “Essayer systématiquement le camion pompe le veilles d’incendie.”
Mercredi 17 décembre 2008 at 4:58 Fromage,Vous nous faites la belle démonstration que la décadence de la culture française est le résultat d’un complot immigrationiste. Alimenter ainsi les tenants de la théorie du complot, ce n’est pas beau. C’est à cause de gens comme ces immigrés que des talents sont tombés dans l’ombre:
http://fr.youtube.com/watch?v=-be65CIwE08
Mercredi 17 décembre 2008 at 10:56 “Vous nous faites la belle démonstration que la décadence de la culture française est le résultat d’un complot immigrationiste”L’obsessionnel complot immigrationiste!
Conspiration immigrationiste ou pas, qu’on aime ou pas les artistes présentés, c’est plutot rejouissant de ne pas avoir que jean-pax mefret à se foutre dans les oreilles non? Moi je prefere écouter Albert Ayler (pouah un noir pas français!)