La fréquentation des expositions est une activité parfaitement hyghiénique pour l’esprit. C’est l’occasion d’un entraînement des sens et du jugement pour découvrir si le spectacle est sur les murs ou devant les murs. En tout cas, même lorsqu’il s’agit de peinture, il faut garder l’ouïe alerte. Les discours du public étant parfois aussi savoureux que les oeuvres présentées.
Ainsi, lorsqu’une grande bringue s’écrie: “La vierge est au fond du couloir à gauche!” Il y a de quoi rester abasourdi, puisque plusieurs vierges sont affichées dans chaque salle. Et s’il s’agit d’une visiteuse, la moyenne d’âge et le style d’icelles rendent cette hypothèse assez peu plausible, la majorité ayant employé davantage de couleur et d’enduit que les peintres en avaient eu besoin pour leurs oeuvres, avec un goût légèrement moins sûr.
Sinon, il y a l’inévitable cohorte de la visite collective. Elle s’avance lentement mais sûrement comme une chenille, et à peine croit-on l’avoir devancée et qu’on veut prendre son temps devant un morceau qui en mérite la peine, la voix du guide claironne: “Machin travaillait pour les nobles et les seigneurs, pour ceuxqui avaient de l’argent.” Sous-entendu, vous avez de la chance de pouvoir admirer ses chefs d’oeuvre pour une somme modique et heureusement que la culture aujourd’hui s’est démocratisée. C’est vrai quoi des artistes qui chercheraient à se faire du pognon sur le dos de leurs contemporains cela n’existe plus. Et puis au Moyen-Âge, les riches, ce n’étaient que des salauds qui construisaient leur église, leur hôtel-dieu, qui fondaient leur couvent grâce à l’argent arraché aux malheureux qui n’avaient pas accès aux splendeurs de ces bâtiments. Et les bourgeois avec leurs cathédrales, quelle folie des grandeurs!
Enfin arrive la paire de rombières. De nombreuses heures de vol vers les expositions les plus variées, un regard assuré de l’une qui assène à l’autre: “Ils n’avaient pas encore trouvé la perspective, c’est tout plat!” Elles doivent quand même avoir un peu de purée dans les yeux ou dans le cerveau, parce que les plus belles pièces emploient la technique du trompe l’oeil, et que les figures se détachent du fond. D’ailleurs, un défaut naïf de vision des couleurs confireme cette impression en regardant une vierge qui se détache, comme le visage du Christ enfant qu’elle tient, tandis que le corps de l’enfant reste accroché au fond. Avec un examen plus précis, le peintre a bien fait son ouvrage, c’est la vision des couleurs défaillante qui joue un tour.
Finalement on peut dire ce qu’on veut, mais les primitifs italiens valent largement les bricoleurs contemporains. A se demander comment il se fait qu’ils arrivaient à traiter le même sujet avec tant de variété et un bonheur parfois inégal, quand aujourd’hui on baptise les mêmes morceaux de tôle vaguement peints des noms les plus étranges. A croire, que l’art industriel à la Jeff Koons, n’arrive à être créatif que dans la fine appellation d’attrape gogos.
Quand on est bien appris, on sait qu’il faut demander s’il vous plait quand on demande son chemin à quelqu’un et qu’on ne dérange pas les gens quand ils sont occupés. Alors même une jeune femme qui manifeste a intérêt à observer les règles du savoir vivre. Sinon le policier britannique perd son légendaire sang-froid.
Et puis zut, un flic qui tape un manifestant qui refuse d’obtempérer, et bien ça soulage. Merde quoi, elle n’avait qu’à être polie la grosse, et puis l’égalité des sexes, c’est aussi le droit de prendre des mordales et des coups de trique.
Inciter de rares lecteurs à aller voir un film polonais à peine diffusé en France (quatre ou cinq salles à Paris) pourrait sembler louffoque, pourtant le dernier film d’Andres Wajda est une grande réussite.
Au plan cinématographique, une image sobre prévient les effets de pathos trop appuyés. La réussite tient dans ce qui est le plus dur dans ce type de film, le scénario. Le film est construit comme un véritable puzzledont toutes les pièces seraient marquées du sceau du massacre. Pourtant, et c’est là la qualité de l’oeuvre, le massacre lui-même empêche le puzzle de s’assembler.
Et si on juge un bon film aux sentiments à la sortie du cinéma, celui là laisse une marque; il est long en bouche comme un bon vin. Surtout on a un regard étonné sur l’animation de la ville en sortant de ce bain en Pologne. C’est peut-être pour cela qu’il est snobé par la diffusion française, parce qu’en ne laissant pas indifférent, Katyn est profondément subversif. A voir tant qu’il est temps.
Il peut paraître surprenant de choisir un tel titre pour défendre le Pape, si tant est qu’il en est besoin et que j’en sois capable. Mais la dernière attaque en date et en règle reflète assez bien le noeud du problème. On peut y voir l’histoire de l’homme qui a vu l’homme, mais au fond le problème est plus amusant. Ce que ses adrversaires reprochent au saint-Père est d’avoir refusé explicitement de faire de la démocratie une idolâtrie, de lui avoir accordé un statut de vérité et de justice absolues. A la lecture de la source de l’attaque, le journal allemand Spiegel, cela ressort avec évidence. Après une explication sur la revue dangereuse et bien connue des services vigileants Aula et des échanges épistolaires avec le secrétaire du cardinal Ratzinger, le plumitif conclut que tout cela n’est pas important car le texte lui-même serait nauséabond:
Ce qui est sûr est que le texte même du cardinal Ratzinger contient des passages étranges. Derrière l’intertitre “Critique de la démocratie”, le cardinal écrit: “Le sentiment que la démocratie n’est pas encore la forme juste de la liberté, est assez général et se répand toujours davantage… Combien les élections sont-elles libres? … N’existe-t-il pas l’oligarchie de ceux qui prescrivent ce qui est moderne et progressiste, ce qu’un homme éclairé a à penser… Et qu’en est-il de la mise en forme de la volonté dans les organes de la représentation démocratique?… Qui pourrait douter de la puissance d’intérêts dont les mains sales sont de plus en plus souvent visibles? Et surtout, le système de majorité et de minorité est-il vraiment un système de liberté?”
Le sentiment que la démocratie n’est pas la forme juste de la liberté est assez général, et se répand toujours davantage. La critique marxiste de la démocratie ne peut pas être simplement balayée d’un revers de main: Combien les élections sont-elles libres? A quel degré leur résultat est manipulé par la publicité, c’est à dire par le capital, par quelques hommes qui dominent l’opinion publique? N’existe-t-il pas une nouvelle oligarchie qui prescrit ce qui est moderne et progressiste, ce qu’un homme éclairé a à penser? La cruauté de cette oligarchie, sa capacité à réaliser des exécutions publiques est suffisamment connue. Toute personne qui pourrait aller à son encontre parce que après tout elle interfère avec la liberté d’expression est un ennemi de la liberté. Et qu’en est-il de la prise de décision dans les organes représentatifs? Qui pourrait encore croire que le bien public comme un tout guide vraiment les processus de prise de décision? Qui pourrait mettre en doute la puissance d’intérêts particuliers dont les mains sales sont mises à jour de plus en plus souvent. Et de manière générale, le système de majorité et de minorité est-il réellement un système de liberté? Et n’y a-t-il pas des groupes de d’interêts de toutes sortes sensiblement plus forts que l’organe même de la représentation politique, le parlement? Dans ce jeu mêlé de pouvoirs, le problème de l’ingouvernabilité se soulève de manière toujours plus menaçante: la volonté d’individus de prévaloir sur d’autres bloque la liberté de tous.
Les passages coupés par le Spiegel, en gras, changent nettement le ton du propos vis à vis de la démocratie, dont la condamnation reste des plus relatives. Ce n’est plus la prose d’un jeune et dangereux fasciste, mais une analyse intellectuelle honnête qui refuse l’absolutisation de la démocratie en s’appuyant sur des critiques de gauche comme de droite. Que ce soit par bêtise ou mauvaise foi que le journaliste du Spiegel a procédé à la réécriture des propos du cardinal Ratzinger, il rentre dans le catalogue des cons et il démontre amplement la justesse du point de vue exprimé sur les groupes de pression.
Quant aux valeureux Autrichiens, ils sont assez beau dans leur genre en offrant un ultime argument de bas étage au Spiegel en ayant eu la délicatesse de se réjouir de l’élection du Saint-Père en ces mots choisis: ” Salut à ton arrivée, protecteur des pieux. En tant qu’Hitlerjunge et qu’auxiliaire de la Flak (défense anti-aérienne) il a protégé sa Nation de l’holcauste par les bombes anglo-américain! Qu’il combatte maintenant comme Saint-Père avec la même résolution contre l’holocauste des bébés.” Même si la source de cette citation reste le Spiegel, force est d’y reconnaître la connerie inimitable de certains nationalistes germains.
Finalement, il n’ y a pas à s’étonner que des cons soient aller chercher une mauvaise querelle au Saint-Père en fouillant dans les poubelles d’autres cons, pour y découvrir que, par inadvertance ou non, le cardinal Ratzinger avait fait entendre la voix de la raison et de la foi chez des idiots. Les cons, cela ose tout!
Il y a quelques temps, déjeuner en compagnie d’un journaliste. La situation est amusante, l’homme a vendu du bon sentiment et du vivre ensemble depuis le début de sa carrière, en digne représentant de sa profession et de son medium. Là, il sait que ses voisins de table ne sont pas des croyants, qu’ils ne pensent pas qu’il suffit d’être gentil et bien intentionné pour faire le bonheur du genre humain. La conversation arrive sur Dieudonné, Soral et Elie (Domota). Il avoue alors ingénument que l’antisionisme des susdits n’est qu’un paravent peu convaincant de sentiments plus troubles, que cela sort du schéma traditionnel extrême droite méchant, et qu’il existe un mouvement différent face auquel seule le concept d’identité nationale peut offrir un rempart. Plaisir de voir quelqu’un sur le chemin de Damas, même si une certaine charité oblige à taire que ce sont bien les idées dont il a participé à la propagande pendant des années qui nous mènent là. C’est peut-être le propre de l’époque qu’il n’existe plus de logique dans des qualifications idéologiques devenues creuses à force d’usage.
Sommet de l’OTAN. Pour une fois j’approuve notre président. Le “retour de la France” y est une bonne chose. Cela clarifie la situation pour tout le monde. Nos choix politiques, qui ne changent pas, et leur mise en application sont enfin cohérents. Nos obligations internationales ne changent pas puisque le texte du traité de l’OTAN ne change pas, mais nous rendons plus facile leur application. Pour une fois que ce pays fait preuve de cohérence et de clarté, j’approuve. Quelques regrets toutefois que tous les parangons de l’indépendance nationale ne se soient réveillé qu’à cette occasion et n’aient pas demandé de débats approfondis quand les pays d’Europe Orientale sont entrés dans l’Alliance, c’était là une évolution politique d’importance. D’ailleurs, ce n’est qu’incidemment qu’on apprend que la Croatie et l’Abanie ont adhéré. C’est la seule chose qui peut être gênante, puisque cela nous engage auprès de deux pays balkaniques alors que nos intérêts ne sont pas forcément concordants dans cette région. Dommage qu’aucun des tartuffes de l’indépendance du PS ou du MODEM n’ait creusé cette question (alors que les Grecs, eux, ont fait valoir leur opinion sur la Macédoine).
En parallèle, le nouveau sauveur, Barack Obama, se lance dans un numéro de turqueries qui devraient bientôt lui gagner la dignité de grand Obamamouchi. Est-ce qu’on lui demande de faire entrer le Kenya ou le Mexique comme 51ème état des Etats-Unis? Là aussi, avouons que notre Nicolas a eu un éclair de lucidité étonnant, même s’il faudrait que les actes suivent les paroles. A ce rythme, d’ici une dizaine d’années, je regretterai peut-être l’époque bénie de la présidence Sarkozy. Attendons et voyons.
Jeudi dernier, je croisai au haut du boulevard Saint-Michel le cortège des assassins défenseurs de la recherche et de l’Université, id est les représentants en intelligence gauchie. Comme j’allai en sens opposé et en biais par rapport à l’itinéraire du défilé, je peux l’affirmer, j’ai réalisé seul une dangereuse opération de contre-manifestation déviante, qui m’a offert l’opportunité rare de voir in vivo l’homo cnrs erectus pedibus cum jambis (homme debout sur ses pieds et ses jambes, variante de l’homme de Cro Magnon acclimatée aux subvensions et au climat tempéré, qui craint le réchauffement climatique et la rigueur budgétaire en attendant le grand soir).
L’entomologue doit le reconnaître, dépouillé de ses oripeaux, homo cnrs etc affiche une parenté certaine avec une variété éteinte depuis longtemps, civis ludovicus philippardus. Dans sa marche du jeudi, il reprend le même air atone, la même nonchalance indifférente que son prédecesseur dans ses déambulations dominicales. Dans le domaine des idées, on sent une commune adhésion au système en place sous une loghorrée revendicatrice, un même enthousiasme pour la révolution pourvu qu’on ne touche pas à ses petits avantages personnels, une identique capacité à l’erreur d’appréciation et à la générosité en paravant de l’égoïsme. Il est vrai qu’avec les sifflets à roulette, les haut-parleurs, les étiquettes à acronyme, CNT, IRIS, IEP, ENS ou EHESS on pourrait se méprendre. Mais la tendance moutonnière à se déplacer en unité constituée derrière un drapeau arborant fièrement dans ses plis le numéro de la Légion des damnés qui le suit avec la devise Paris (exemples: Paris I, Paris X) suffit à rassurer sur les liens de cousinage entre les deux espèces. Les acronymes évoqués précédemment ne peuvent d’ailleurs que correspondre aux unités spéciales de cette nouvelle Garde nationale: Compagnie de Nettoyage et de Terrassement, Infanterie Républicaine d’Intervention et de Sécurité, Indégènes Emancipés de Paris, Escadrons de Nettoyage Social, ou Escadrons de Haute Ecole de Surveillance et de Sûreté.
Un groupe d'homo civis ludovicus philippardus trouve son berger et lui jure fidélité jusqu'à la prochaine révolution
Pourtant, derrière le spectacle, il faut rechercher les motivations. Et là l’amusement est du même genre. L’homo cnrs etc refuse absolument d’être apprécié par quelqu’un qui le connaît et avec qui il peut avoir un contact d’homme à homme, il préfère être soumis à quelque Jupiter commissionné au loin où les divintés médiatrices et syndicales pourront intercéder pour lui en consommant un argent qui pourrait être plus profitable. On peut essayer de dire, que c’est être livré à l’arbitraire de reitres prêts à effacer les cercles du génie qu’ils vont tuer, mais j’ai du mal à me représenter les présidents d’université en soldats romains avec casque, glaive et cuirasse, et en plus dans cette foule sympathique, sont-ils nombreux ceux qui sont prêts à sortir de leur bain directement dans la rue en criant Eurêka?