Regard Naif

Effeuillage politique

juin 8, 2009 · Laisser un commentaire

En dépit d’avis publiés par-ci par-là, je me suis rendu hier dans l’école laïque gratuite publique et obligatoire dans le désordre de ma commune. C’est un beau bâtiment en brique dont le nom fleure bon la fraternité républicaine, à la différence du stade situé en face qui puerait plutôt la fange révolutionnaire et le plomb des balles dans la nuque. J’ai d’ailleurs pu y vérifier que si les portiques promis par le gouvernement, l’opposition nationale localement au pouvoir avait pourvu à un légitime besoin d’ordre juste en y installant une gorgone, qui doit être présente à demeure puisqu’un petit garçon qui accompagnait sa maman à l’école lui a dit :”A demain!”. Vu l’âge de la gorgone, il n’est pas sûr que ce soit une initiative récente, mais comme la dernière fois que je suis aller à l’école c’était en 2007, je ne suis plus bien sûr.

Ce ne sont pas des considérations architecturales qui ont poussé un adulte d’esprit et de corps sain ou presque à se rendre librement à l’école primaire le jour du repos dominical. D’abord mon regard avait été attiré depuis une semaine par cet appel déchirant pour l’autodétermination du peuple tamoul au Sri Lanka (ex-Ceylan pour les amateurs de thé) lorsque je passais en revue une série de panneaux publicitaires à deux pas de chez moi*. Il faudra d’ailleurs dire aux écolos anti-pub d’arrêter d’étaler des slogans colorés qui brillent la nuit. Ensuite j’ai reçu une convocation gouvernementale avec plein de prospectus, de CV, de lettres de motivation et de candidature. Il paraît que c’était pour une action en faveur de l’emploi. Alors avec la crise, j’y suis allé faire un geste.

En plus, la semaine dernière dans le train, j’ai croisé un des gars dont je venais de recevoir la photo. D’après les gens qui l’accompagnaient il allaitfaire la première partie d’un spectacle de Marc Jolivet. C’est vrai que vu la manière dont ils étaient habillé, il était visible que leur patron il n’avait pas eu trop de succès jusqu’à présent et qu’il a juste les moyens de leur offrir des nippes récupérées dans un ashraam du Dalaï Lama, habits d’ailleurs confectionnés avec la laine du même animal. C’est peut-être à cause de ce geste généreux que le dit lama vient d’être fait citoyen d’honneur de Paris grâce aux amis de Marc Jolivet.

Quant à la tête d’affiche, elle aurait plutôt méritée d’être auscultée et de se faire dresser le portrait par le bon docteur Destouches plutôt que par un naïf. Un vrai guignol au regard sournois qu’il doit cacher derrière des verres fumés. Un gnôme vieillissant à la peau frippée. Pour son rôle de clown, son imprésario devra consentir des frais pour lui refaire la tignasse flamboyante qui a fait sa célébrité. En bref, un petit gros rabougri dans on se demande comment il a bien pu envoyer un général en exil à Baden (il est vrai que Baden n’est pas loin du Repos de Charles, mais bon). Avec son air, on sent bien qu’il est pour nous refiler un morceau de chienlit et qu’il en est réduit à servir de faire-valoir à des comiques de seconde zone ou à s’esbaudir grassement de ses derniers coups de veine. Tout à fait destiné à servir la chose publique! Mais hors de question d’être représenté par ça, question d’hygiène mentale.

Alors forcément, j’ai examiné un peu la concurrence, pas bien brillante, mais des postes étaient absolument à pourvoir. Aux trombines et aux slogans des postulants, ils ne semblaient pas tous aussi contre-indiqués les uns que les autres. Par exemple, il y avait un grand gars à l’air sympathique qui rejouait l’affiche de Rabi Jacob en posant avec un rabin et un arabe sur son affiche. Le côté comique jusque dans l’humour au ras des pâquerettes des slogans, pour un travail de représentation (si j’ai bien compris) c’est absolument impossible. Il ya avait aussi le patron d’un grand journall comique genre Pif Gadget, pas du tout mon genre. Alors dans le petit cabinet prévu à cet effet, j’ai employé le papier obligeamment fourni à l’entrée. L’endroit étant discret et isolé, j’ai pu me livrer à une action honteuse que la Halde réprouve: DISCRIMINER en fonction de l’âge, de la religion, de la couleur, des orientations politiques ou philosophiques, le tout en ayant bien décider de ne pas voter blanc. Et d’ailleurs j’avais cru comprendre qu’il s’agissait de choisir quelqu’un qui pourrait (ou non, le travail n’est pas contraignant) agir en mes noms et qualités dans un grand théâtre à Strasbourg, j’ai finalement voulu privilégier le côté tragédien. Pourtant ‘il a été dur de trouver quelqu’un ayant, même de loin, la tête de l’emploi.

Comme il paraît que c’est le comique que j’ai croisé dans le train qui a été retenu, je suis un peu triste parce que ce n’est pas lui que j’ai choisi, mais je suis content pour ses collaborateurs. Comme le travail est bien payé, il va peut être pouvoir les augmenter pour qu’il s’achètent des habits présentables.

Ah, s’ils avaient pu être choisis, le théâtre de Strasbourg aurait peut-être attiré du public.

* Cet appel est bien inutile depuis que la question a été réglée démocratiquement avec des chars le mois dernier.

Catégories : Ce vaste monde · Heurs et humeurs · Jeu de massacre
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