En allant à Spa

A propos de ce voyage de Rocroy, tout à coup, en allant de là à Spa, je rencontrai, au coin du jour, une cinquantaine de paysans armés. Je crus que c’étaient des voleurs. M. le comte d’Artois n’avait pas d’armes ni moi non plus. Au moment de que nous le regrettions cinquante vivats nous rassurent. C’était une bande de mes fidèles sujets qui avaient mauvaise mine, mais bon coeur, qui m’attendaient à la frontière de mon petit comté souverain d’Empire que je ne savais pas être sur mon chemin. Terre souveraine située dans l’Entre-Sambre et  Meuse, à quatre kilomètres de Mariembourg. Ils me menèrent régner sur mon rocher où il me fallut enrayer ma voiture tout le temps que je m’arrêtai pour recevoir les hommages du clergé et du magistrat; et puis je continuai ma route.

Mémoires du prince de Ligne

Comme quoi il fut un temps où on pouvait être un homme de cour et croiser une bande patibulaire dans une enclave territoriale sans se faire molester.

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