Trouvé aujourd’hui ce morceau de bravoure. Je crois que le destinataire n’était pas content.
Le 11 novembre 1926,
Quand Leipzig sera occupé par les troupes britanniques ou françaises, je la visiterai volontiers. Jusqu’à cet évènement réjouissant (lequel devrait, espérons-le, se produire bientôt) je préfère laisser les Allemands résoudre eux-mêmes leurs difficiles affaires sans l’aide de l’argent britannique.
Fabrique de verre d’Australie occidentale, Wm Morand
Désolé de cette mauvaise contrepétrie*, mais dans leur combat à coups d’appels des 7 nains, des quarante douze ou des 69 salopes, les gentils ont encore frappé pour une grande cause. Accoutumés à sauver le monde et à annoncer le bien, ils ont trouvé la clé de tous nos problèmes: ce ne sont plus le racisme, le réchauffement climatique, l’intolérance, les plus riches qu’eux, c’est la désignation du candidat de gauche aux présidentielles de 2012, 2017 et 2022. Il faut remarquer que ces bisounours qui ont l’habitude d’être toujours pris de courts semblent pour une fois avoir des projets pour le long terme. C’est vrai quoi, un bon candidat de gauche désigné par de gentils sympathisants aura une véritable légitimité et portera haut les valeurs bienfaitrices de la république hexagonale ou de l’hexagone républicain. Ecouté par ses camarades chefs d’Etat, ébahis de tant de sagesse, il ou elle apportera la félicité universelle. C’est pour cela que c’est urgent de manifester son envie de désigner le plus fort des requins de l’aquarium de La Rochelle.
Et puis c’est toujours marrant ces listes de gentils qui redoutent par dessus tout le fichage. Surtout quand on y trouve Bruno Rebelle, le super sympa dirigeant de Greenpeace dont les RG avaient malencontreusement noté sur un bout de papier les convictions politiques au mépris du secret de l’isoloir. Et puis il y a le comique de situation, quelqu’un savit que le porte-parole du CRAN était Tin? A croire que c’est une faute d’ortographe , à moins d’un erreur de casting!
Indécrottable
Jean-Noël Jeanneney s’émeut dans le Figaro d’un éventuel accord entre la BNF et google en vue de la numérisation d’ouvrages. Il a raison de souligner l’existence de Gallica et il n’y a pas à lui mégoter les félicitations pour cette réalisation, preuve qu’en France des choses bien peuvent être accomplies sans tapage. Pour Europeana, il disjoncte. C’est une réalisation foireuse. Prenons un exemple: une recherche avec pour auteur un étranger éminent et européen, Bismarck. On a pour toutes réponses les 11 recueils de discours disponibles sur gallica et trois photos de rasoirs exposés dans des musées allemands d’intérêt local. Finalement, le chancelier de fer avait raison de dire qu’il ne connaissait pas l’Europe puisqu’Europeana ne le connaît pas.
Ensuite, on en vient au plat de résistance, l’éventuel accord google BNF. Il paraît que c’est une simple question de pognon pour numériser la totalité du fond de la IIIème. Plutôt une bonne idée, mais là le bon descendant d’un dynastie de hiérarques radicaux résolument mou (le genre qui s’abstient de voter pour ou contre quand l’ennemi est dans nos murs, pour être sûr d’avoir raison) s’indigne. Il faut guider le lecteur. Attention, on ne censure pas, on guide, parce que tout n’est pas utile et que lui et ses sbires savent ce qui doit être lu et pas le lambda qui pourrait trouver ce qu’il ne faut pas ou il ne faut pas.
Insupportable cette logique du “on vous guide dans vos recherches” plutôt que du “désolé, mais nous n’avons pas assez de fric pour vous donner accès à tout.” L’hypocrisie de la morale contre la franchise des moyens, le comportement habituel de nos gouvernants en quelque sorte!
Surtout que google books, ce n’est pas si mal et sinon il y a aussi les archives du net (www.archive.org) dans les collections numérisées exploitables.
*A l’origine c’est “un appel des cent”.
PS: Félicitations à Eric Besson d’avoir découvert que la France est une terre d’invasion! Encore un qui a appris l’histoire de France dans Astérix chez les Goths.
Au commencement était une simple idée de billet visant à soulager un agacement né en regardant un documentaire sur l’espionnage entre les Allemagne. Le titre était simple: Qui a gagné la Guerre froide? En fait je n’arrivais pas à ramasser et à condenser mes idées, et selon une habitude personnelle, j’ai procrastiné et ruminé. Et la même irritation est revenue en revoyant ici le débat sur Soljenitsyne avec Jean-Luc Mélanchon dans le rôle du clown rouge. Et puis, il y a 70 ans, c’était le fameux pacte entre les deux plus monstrueux régimes révolutionnaires. Dans l’impossibilité de faire cours, j’ai choisi d’entamer une suite qui comprendra un nombre indéfini de numéros, nombre toutefois supérieur ou égal à un.
Venons en au fait. Mes neurones ont une tendance irrépressible à disjoncter en entendant Mélanchon expliquer doctement qu’en tant qu’ancien trotskyste, il a toujours condamné les crimes commis par Staline et que pour la France, c’est Robespierre qui a donné la liberté à la Nation. Disque rayé, certes mais dont la capacité de nuisance est bien illustré par le documentaire évoqué plus haut. Il a du être réalisé vers 2000 et offrait cet immense intérêt de donner l’occasion d’entendre le témoignage des anciens dirigeants des services ouest-allemands et est-allemands ainsi que d’anciens espions de la RDA en RFA sortis de prison à ce moment-là.
Voir des gens qui ont trahi leur pays pour une dictature communiste a quelque chose d’écoeurant de prime abord. Cette secrétaire qui explique que non elle n’était pas une espionne bien qu’elle donne des copies de ce qu’elle tapait pour le président de la RFA et qu’elle utilisait un tube à rouge à lèvres équipé d’un appareil photo pour se refaire une beauté au bureau, donne quelques envies de pendaison. Comme cette autre qui explique que, bonne bourgeoise, elle a été recrutée pendant qu’elle faisait une étude de sociologie politique en RDA, et qu’après être entrée dans les services ouet-allemands comme taupe elle a refusé de se faire des amis chez ses compagnons de travail. Et ce dernier, tout fier d’avoir évité une guerre nucléaire en envoyant directement des copies à Berlin-est des documents les plus confidentiels de l’OTAN. La raison oblige à rentrer ses envies de meurtre dans la mesure où ils ont été condamné et ont purgé leur peine. Ils ne méritent plus que d’être des témoins d’un passé révolu, ce qu’ils étaient dans cette situation.
J’arrive même à admettre que Markus Wolff, le patron de la Stasi, n’aie pas été condamné. Ayant la conviction générale qu’en matière de crime politique la vengeance et la chasse sans trêve des perdants est une erreur, je ne pense absolument pas qu’il méritait une exception.
Le vrai problème se pose à l’évocation du plus important transfuge est-allemand passé à l’ouest avec informations et bagages. Ayant eu la veine d’échapper aux griffes de ses concitoyens, il a été condamné à mort par contumace. Là où les allemands de l’ouest au service de l’est évoquaient leurs motivations par, entre autres, leur rejet de la société de consommation pour un idéal socialiste et pacifique, son témoignage aurait du être capital. Malheureusement sa sécurité n’est pas assuré dans la mesure où certains veulent encore lui faire la peau, et il est obligé de vivre caché en Hongrie!
C’est là le noeud du problème posé par l’utopisme socialiste, il est toujours possible d’en faire la promotion, mais les renégats qui ont choisi d’en fuire la réalité portent encore l’infâmie de leur apostasie.
Il y a quelques temps, j’avais présenté brièvement un des derniers films de Guitry, Assassins et voleurs. Dans une autre de ses oeuvres d’après-guerre le mauvais esprit nourri du mauvais air de l’épuration répand les effluves du terroir. C’est de La Poison qu’il s’agit. Michel Simon y joue parfaitement le cul-terreux d’un bourg perdu qui finit par tuer sa femme devenue laide.
Ce qui rend ce film particulièrement bon, est qu’il porte la touche du maître, en particulier dans le générique. Typique cette idée de présenter ses acteurs, collaborateurs, et autres au lieu de faire défiler leur nom.Ensuite, il évite l’écueil du théâtre filmé dans lequel il était tombé dans ses films d’avant-guerre. Et la comédie de moeurs, ou le drame puisqu’il y a assassinat, est le genre où il excelle, mieux que dans les tableaux en Technicolor de Si Versailles m’était conté ou de Napoléon.
Il manifeste un véritable génie de cinéaste dans la fin de cette scène où le mime se joint à la radio pour un effet surprenant. Il y a aussi cette scène du procès où tous les adultes sont partis voir leur concitoyen aux assises tandis que leur progéniture restée au village joue gentiment au mari qui tue sa femme et qui se fait juger. Cela finira avec une guillotine, mais il est impossible de dire qui est le plus sauvage des parents ou des enfants.
Il y aussi cette magnifique plaidoirie de Michel Simon, alias Braconnier, des arguments percutants pour une justice préventive.
A noter également une dernière trace de cynisme lorsque les paroissiens envoient chez leur curé une délégation avec l’idiote du village pour qu’il la transforme en sainte attraction selon “l’exemple de la ville voisine de Lisieux.” Heureusement, le prêtre est honnête et il est encore possible de croire que Sacha Guitry n’était pas un trop mauvais chrétien.
Un remake a été fait avec Villeret et Balasko vers 2000, sans aucun doute il faut préférer l’original.
Comme en a fait l’expérience récemment un préfet, les contrôles de sécurité sont une véritable plongée dans les réalités. Contrairement à lui, il faut préférer le rôle du spectateur attentif à celui du redresseur de tords. En témoigne ce matin ces bribes de conversation saisi ce matin en présentant mon sac à peine ouvert à deux vigiles.
Le premier était blanc, petit, maigre, brun avec une barbe de trois jours et les cheveux raz, légèrement dégarni, en fait l’air insignifiant tout en s’exprimant avec le plus pur accent de banlieue.
Le second était un noir, rablé, un peu plus agé que son camarade, bref un aspect commun pour un gardien.
Le premier: Et puis c’est une chrétienne (plus pur accent de banlieue)!
Le second: Y en a beaucoup chez nous!
(…)
Et puis c’est un libanaise (visiblement il connaît le CV de l’intéressée)
(…)
C’est vrai qu’ils aiment bien l’argent!
A ce moment, un oeil avait survolé le contenu de mon sac entrouvert et le détecteur de métaux avait été légèrement soulevé au-dessus de la table. Le premier vigile me faisait signe de passer, ce qui ne me laissa pas la chance d’ouïr la fin de cette étude approfondie des caractères nationaux et de la psychologie des peuples. Ce goût de l’étude manifestait d’ailleurs l’influence bénéfique du lieu de haute culture dans lequel j’entrai. J’ose espérer qu’ils ont dans leur conclusion accepter de faire partager le vivre-ensemble du petit malingre à la chrétienne, en dépit de ses tares héréditaires nationales et religieuses.
Christine Boutin est une femme d’expérience, elle a décidé de l’afficher dans le cadre de sa participation au synchrotron sarkozien*, le comité de machin de la majorité de Jean-Claude Gaudin. Elle a choisi de provoquer la première collision étron neuneutron de l’histoire politique, au risque de s’y sacrifier. En effet, elle annonce qu’elle s’oppose fermement au retournement de veste de Villiers, sur le mode préféré du Grand Charles: le JPP.
Avertie de l’existence d’une chaîne de tag sur ce thème, elle illustre parfaitement le principe:
Elle ne voit pas pourquoi elle serait dans la même machine que le MPF, parce qu’il y a des limites aux choses et qu’à force de tendre la ficelle elle se rompt.
Elle ne voit vraiment pas pourquoi, parce que, elle, elle est pour le droit de vote des immigrés aux élections municipales.
Surtout, elle ne voit pas pourquoi, alors que, elle, elle est forte aussi dans la région Pays de Loire.
Enfin, avec un peu de chance, elle espère bien dégager une forte énergie aux prochaines élections avec une projection de quarante élus. **
Surtout, elle offre une redoutable opportunité de se poser une question existentielle, pourquoi diable avoir voter Sarkozy?
Et puis dans l’affaire, ce sont les poissons qui risquent de finir par trinquer. Même si les électeurs de Chasse Pêche Nature et Tradition décident de suivre ce mic mac, c’est finalement l’association Désillusion, Pêche, Farniente et Abstention qui risque de gagner.
Sinon, une petite suggestion peut être faite à cette chère Christine. Si les étrangers peuvent voter aux municipales, pourquoi pas à toutes les élections. Naïvement, je lui aurais bien suggérer d’inclure les clandestins dans les électeurs, mais je suis sûr qu’elle y a déjà pensé dans un esprit de tolérance humaniste et social. Et puis comme ça, grâce à elle, on pourrait avoir des listes fiables pour le retour de la bête immonde des heures sombres les plus noires de notre avenir.
* L’UMP veut donner de l’élan aux partis croupions qui soutiennent Sarkozy, c’est donc bien un accélérateur de particules.
** L’élu est à la politique ce que le quark est à la physique nucléaire, un morceau de particule. A ce sujet, il est regrettable que Schrödinger aie choisi d’effectuer son expérience avec des chats, il aurait du choisir des élus cela aurait rendu beaucoup plus simple la compréhension de la mécanique quantique.
Dites donc Bonaparte, comme tout le monde puisque cela lui fait plaisir. (Il rugit soudain tapant sur sa table.) Mais les victoires de Bonaparte, aussi, sont à moi, Monsieur! Décidément vous tombez de la lune et je vois que c’est avec les royalistes que je vais avoir le plus de fil à retordre. La France c’est couverte de gloire pendant les dix-neuf années où je faisais le pied de grue, expulsé lâchement à chaque traité de paix des royaumes de mes bons frères, à tour de rôle. Je ne vais tout de même pas rayer toute cette gloire, sous le prétexte que j’étais retenu ailleurs. Les guerres de l’Empire, je les prends à mon compte! Et la Révolution, pareil. Je la digère. Quelque fois je rencontre un os, comme Fouché, dans mon ministère. Je vomis, discrètement. Et je ravale. Cela ne regarde que moi si j’ai le haut-le-coeur. Je n’ai pas à faire la fine bouche, moi! Je suis l’estomac de la France. Il faut que je digère tout.
Nos journaux, Libération, le Monde, le Figaro, nous ont appris en début de semaine, non sans une certaine jubilation qu’un dangereux criminel vient d’être condamné à Münich à la détention à perpétuité pour la mort de onze personnes. Bien que le condamné a réussi à se dissimuler plus de 60 ans sous les apparences d’un honnête citoyen, patron de scierie, conseiller municipal et commandant d’honneur des pompiers de sa petite ville, son ignominie a enfin été sanctionnée, lieutenant de la Wehrmacht il est jugé coupable de l’exécution de onze civils italiens en représailles d’une attaque de partisans contre trois hommes isolés de son unité.
Dans cette affaire, le fond n’a que peu d’intérêt. Il est vrai que si l’intéressé avait posé une bombe dans un café au Vietnam ou en Algérie avec autant de morts, il n’aurait pas forcément droit au même traitement judiciaire et médiatique. La confusion entre nazi et allemand n’a pas plus d’importance, comme l’insistance du Monde et de Libération sur la veste bavaroise traditionnelle sombre du prévenu à l’audience (tout juste si il ne serait pas venu en chemise brune et culotte de cuir).
Ce qui a un certain sens ne se trouve que dans les commentaires des lecteurs et dans les journaux allemands. Si certaines douleurs sont amplement justifiées, on voit quand même mal en quoi il est juste que “ce salaud” paie pour le concierge qui a dénoncé un père, ou pour le gardien d’Auschwitz qui a gazé tel autre. Faire payer des innocents en lieu et place de coupables qu’on ne peut atteindre, c’est justement le crime du condamné. Avec ce genre de commentaires, on arrive simplement à montrer qu’on est capable de faire pareil, malgré 60 ans de recul.
A mon sens (et à celui du titre de ce billet), le pire réside dans les applaudissements du public à l’énoncé du verdict, applaudissements évoqués par la presse germanique. Cette capacité de gens, qui n’ont vraisemblablement pas vécu les évènements, à manifester leur satisfaction de voir enfermer un homme de 91 ans a quelque chose de trouble. Dans une affaire de ce genre il y a quelque chose de tragique, mais une salle d’audience n’est pas un théâtre. La raison de ce genre de procès est de prouver que NOUS ne sommes pas comme ces soldats qui ont mitraillé les civils qui essayaient de échapper à l’explosion et à l’incendie, de montrer qu’après 60 ans la justice l’emporte sur les passions.
Le seul résultat de cet évènement est d’affirmer le contraire, qu’en dépit de tout, même chez les contempteurs de la bête immonde, il reste quelque chose des pulsions qui poussent les foules à massacrer ceux qu’on leur présente comme des boucs émissaires, de cette capacité des hommes à se comporter en hyènes.