Chacun a remarqué que toute ville française qui se respecte compte en plus de son avenue du général de Gaulle une rue du 4 septembre. Remarquons ici que comme l’avenue du général de Gaulle est souvent une avenue du maréchal Pétain rebaptisée, la rue du 4septembre a abandonné le nom de rue Napoléon. Sic transit gloria mundi.
Pour comprendre ce que fut le 4 septembre, jour impérissable, faisons un peu d’uchronie. Imaginons le président de le République parti tout fier en un sommet international dans son falcon blanc guerroyer contre les méchants profiteurs qui provoquent des désastres financiers. Là, quelque part au nord de la France, il se retrouve nez à nez avec de méchants collègues, teutons, yankees ou perfides d’Albion qui le pressent de près.
Heureusement la continuité du gouvernement est assurée chez nous par sa tendre moitié, une midinette épousée par amour, nommée présidente du sénat lors d’une réforme constitutionnelle baclée. Elle a pour charge de garder la place au chaud pour monsieur l’héritier, ci-devant baron des banlieues occidentales.
Or nos redoutables partenaires somment la France d’enfin assurer l’équilibre de ses finances selon le principe qu’on ne prête pas à celui qui ne peut rembourser. Dans la salle des débats, l’ambiance s’échauffe et la grande argentière est vivement boutée des lieux avec un coup de pied dans l’arrière train. Contrainte d’abandonner elle a ce mot historique: <<la garde meurt mais ne se rend pas.>> Au péril de sa vie, notre chef bien aimé doit s’en remettre à un ange, le chancelier de fer, qui a la bonté de le garder au bord du Rhin.
A la nouvelle du désastre et au désespoir de rembourser des montants astronomiques par une coupe drastique, la population parisienne s’émeut. Bobos du douzième, RMIstes de Seine-Saint-Denis, irréguliers de la CMU s’ameutent devant l’hôtel de ville pour écouter les harangues d’un facteur, d’une maraîchère du Poitou et d’un inverti du marais qui n’ont plus qu’à renverser le régime qui les nourissait. Ces bonnes âmes proclament la Démocratie tolérante de la diversité tandis que la midinette de cabaret s’enfuit avec l’héritier et son magot par le premier vol Ryan airlines à destination de l’Angleterre.
Pour rassurer le bon peuple de province un tantinet agacé, on se retrouve contraint à confier les commandes à un revenant de l’île de Ré, ancien chef de gouvernement reconnu pour sa tranquille sagacité et sa capacité à créer des cagnottes, virtuelles certes, mais puisqu’on n’entend ne pas renoncer à l’état providence.
Moralité, le français paye trois fois plus que ce qu’il devait, le nouveau régime massacre à droite ou à gauche selon les cas, mais quoiqu’il en soit il prétend avoir apporté la félicité universelle et l’édification des masses. Ce ne sont pas quelques soubresauts où les banquiers fusillent quelques créanciers qui y changent quelque chose.

Une bonne émeute et le tour est joué
En quelque sorte, le 4 septembre c’est l’émeute de la revanche des tarés sur les incompétents.