Encore des parents qui croient que le monde est un vaste théâtre.
Les yeux arrêtés sur la tête de la personne qui est juste devant moi. Une épingle à nourrice accroche le voile à la tête. Je croyais que cet instrument était destiné aux langes.
Dans une dépêche AFP reprise par un journal sérieux:
Le juge des référé a relevé que “la pénurie existe” et que le 14 salariés qui ont été réaquisitionnés ne paraît pas disproportionnée au point de porter atteinte au droit de grève”, a-t-elle poursuivi, soulignant que ses clients envisageaient “sérieusement” de porter l’affaire devant le Conseil d’Etat.
Ecorcher le Français, serait-il devenu une nouvelle forme de lutte! Jusqu’à présent je croyais qu’on voulait le tondre ou le saigner. Décidément l’Etat providence devient de plus en plus barbare.
Sur mon répondeur téléphonique un message qui, avec une douce voix féminine, commence : “Vous voulez tout savoir sur votre avenir, le cabinet de voyance …” Pas la peine d’écouter plus. C’est étonnant quand même chez des gens sérieux d’étaler une telle preuve d’incompétence.
Je ne sais s’il s’agit d’un hasard ou du destin, mais voilà plusieurs fois que je me trouve contraint d’abandonner mes occupations usuelles et me retrouve à croiser le flot des manifestants. Cela se produit lorsque le rassemblement a lieu entre Port-Royal et Montparnasse. C’est peut-être que je dois témoigner lors des rassemblements d’intransigeants et d’aliénés.
La dernière fois, c’était pour la manifestation d’enseignants-chercheurs dont les blocages précédents m’avaient déjà passablement emmerdé. Aujourd’hui c’était le rassemblement officiel des vautours et pigeons qui m’a offert la rare opportunité de croiser quelques beaux spécimens de ramiers.
Commençons par le ramier vautour révolutionnaire, alias Alain K. M’extrayant au pas de charge d’un fouillis de distributeur de tracts, de marchands de merguez et de damnés de la fonction publique, je tombai nez à nez sur l’oiseau. Marmonnant mon amour profond des Rouges depuis quelques cinq cent mètres, la surprise me coupa le sifflet. Je me contentais d’admirer la démarche de charognard entouré d’une cour d’oiselles à l’allure et à la ramure aussi bourgeoise que leur maître. Il faut avouer qu’avec sa bedaine bien remplie sa taille juste suffisante pour toiser le mari de Carla et sa parure de manifestant, il ressemblait davantage à une caricature de jouisseur capitaliste en débraillé qu’à Trotski prenant le palais d’Hiver. Ce n’est pas grave puisque l’esprit du jour était plus à la prolongation des rentes des privilégiers de la révolution.
Le deuxième oiseau de renommée que j’ai déniché quelques temps plus tard en revenant sur mes pas fut le vautour gigolo. Celui qui vous prend en photo parce que vous le valez-bien. Celui là était tout seul, l’oeil terne légèrement inquiet. Il avait laissé pousser un ou deux jours de barbe ce qui lui donnait presque l’air d’un miséreux. La crainte d’être reconnu ou une rupture de stock de savon à barbe chez Loréal, qui sait? Disons-le, l’allure d’un pauvre type, dont on se prendrait presque à admirer l’entregent.
La suite de l’analyse éthologique concerne les groupes variés de moineaux, pigeonnaux et autres oisillons divers et avariés. Leur enthousiasme à prendre le parti de ceux qui les enfument et vont les plumer est proprement confondant. On croirait voir cloné ou élevé en batterie l’oisillon de la fable :
Autre curiosité, la répartition des rôles entre les espèces. Beauté du mélange et de la diversité. Nul ne sera surpris de voir la pie voleuse roumaine dispersée, un exemplaire tous les vingt mètres, pacifiquement occupée à vendre son Sans-Logis préféré. La collecte des deniers est attribuée au corbeau tropical, aisément reconnaissable à son gilet jaune marqué des initiales CGT et à sa couleur. Il se regroupe par deux ou trois à la sortie des bouches de métro avec une petite boîte en carton, démonstration de son talent artisanal naturel. La grue tracteuse est, elle, plus variée dans son genre et dans ses attitudes. Elle s’obstine, parfois mais rarement, accompagnée de son mâle à placer dans les mains des passants une exemplaire de sa littérature. Son empressement est tel que le quidam se sent parfois comme dans un port breton souffrant d’une surpopulation de goélands à guetter en permanence le guano qui va lui tomber dessus. Remarquons que la meilleure utilisation que la grue fait de cette littérature est encore de s’assoir dessus tant qu’elle encore en volumes plus épais que les oeuvres de Marx.
La troisième espèce particulière est le coq rouge trifouilleur de braises: cet animal sympathique arbore casquette rouge à crête jaune estampillée d’une faucille et d’un marteau. Il abrite sa cinquantaine rebondie et joviale sous un parasol qui les jours d’hiver doit pouvoir se transformer en parapluie. Cet animal est au fond supérieur au pélican puisque, comme lui, il ravitaille ses congénères mais qu’il fait cuire la merguez avant de la livrer dans un morceau de pain alors que le volatile marin se contente de livrer du poisson cru.
Nous ne nous attarderons pas sur d’autres espèces plus variées: le paon à drapeau rouge, ou le pigeon commun à sifflet à roulette ne présentent que peu d’intérêt au delà de leur instinct grégaire.
Parmi les amis des oiseaux que ce rassemblement attire, rien n’est plus digne d’observation que deux catégories d’aliénés distingués. Les drapeaux rouges et noirs d’Alternative Libertaire et les étendards noirs des anarchistes de la CNT semblent annoncer quelque contre manifestation désespérée pour défendre la liberté. Ces insoumis permanents refusent que l’Etat ne fixe pas dans le détail et au plus tôt la manière dont chacun doit assurer son avenir. Leur slogan est bien La liberté protégée par le totalitarisme planifié!
Dommage dans ce méli-mélo zoologique, je les aurais bien vu comme Henri Fonda.