La dissonance cognitive est un phénomène assez bizarre. Elle naît de la confrontation de concepts incompatibles. Comme l’expliquait il y quelques temps un psychothérapeute blogueur, la solution est de trouver une échappatoire si on s’y retrouve confronté.
L’amusant aujourd’hui est de voir comment elle arrive à être produite officiellement pour prouver, involontairement l’impuissance et la dérision de certaines prétentions.
Par exemple, la semaine dernière je suis tombé coup sur coup sur deux slogans extraordinaires dans ce domaine. Le premier accompagnait la propagande réalisée pour un colloque de préfets: “L’Etat en mouvement”. A croire que les joyeux communicants n’ont aucun connaissance du sens des mots. L’académie précise pourtant en chapeau de sa définition: (1)ÉTAT n. m. XIIIe siècle, estate, « manière d’être ». Emprunté du latin status, « action de se tenir ; attitude », d’où, au figuré, « position, situation », de stare, « se tenir debout ». Autant dire que nous sommes gouvernés à coup d’oxymores.
Ensuite, sur la façade d’une institution parisienne pendait une magnifique et vraisemblablement dispendieuse banderole : “L’Ile de France au fil de l’eau”. Je croyais bien m’en être aperçu auparavant, mais j’aurais difficilement cru possible que M Huchon s’en fasse une gloire. Il essaie peut-être une nouvelle politique de revendication de son impuissance.
Cette maladie s’étend même à la jeunesse politique. Considérons cette jeune personne qui propose au pouvoir d’abolir les notes dans une grande nuit du 4 août de l’abandon des privilèges du savoir et de la culture. Ses élucubrations sont fort bien résumées et commentées ici et là. Ce qui reste profondément troublant chez cette éducatrice de l’UMP, c’est son autoportrait. On ose en effet croire qu’elle ait fait appel à un quelconque ;malveillant pour ce tableau. Accumuler les pensées les plus gentilles du monde des bisounours et déclarer tout de go sa haine du politiquement correct relève de l’exploit dissonant. Heureusement qu’elle nous donne la clé de son cerveau en vouant une haine égale aux mathématiques. Sûrement la rigueur intellectuelle lui est étrangère.
La galerie des petits et des grands qui prétendent nous gouverner, de leurs goûts et de leurs ambitions est d’ailleurs assez édifiant. On trouve tous les mentors possibles et imaginables parmi les représentants officielles de la gentillesse incarnée. A croire qu’il y a un concours pour ignorer Machiavel et ses disciples. Dissimulation extrême ou ignorance abyssale de ce qu’est le politique, le jugement est délicat. Il ne prouve d’ailleurs qu’une chose tout est à craindre de ces gens et de leurs frères de l’autre bord.
PS: l’auteur accepte la notation de ses billets même si elle venait à être interdite.