Regard Naif

Articles classés sous ‘par hasard’

Brèves de comptoir

octobre 18, 2009 · 2 commentaires

Une oreille indiscrète dans un bar surprend cet échange entre un helvète et un parisien:

- Ils ont de nouveaux uniformes à la SNCF?

- Je ne crois pas …

- Non parce que dans le train, le contrôleur avait une drôle de tenue. Une couleur indéfinissable et une casquette plate et très haute!

- Je crois qu’à un moment c’est un grand couturier qui a dessiné leurs tenues.

- Ca explique la couleur, il devait vouloir se moquer d’eux, mais pour la casquette on aurait plutôt dit un uniforme soviétique des années 70.

- …  ?

- C’est bien ça. On aurait cru un uniforme de l’armée rouge!

Elle est peut être là la vérité. Quand en URSS ils ont vu que le système devenait intenable, ils ont monté une immense infiltration et sont venus en France se réfugier sous la forme de cheminots ou de postiers.

D’ailleurs notre plus grand responsable politique n’a pas hésité à le dire dans un entretien exclusif cette semaine:

- Je suis déterminé à me battre contre toutes les forces de l’immobilisme et de la réaction.

Pravda de Moscou ou le Gaulois  de Paris, 1919 ou 2009?

En croisant une connaissance devant un verre:

- Qu’est-ce que tu fais maintenant?

- Je fais de la politique dans un mouvement international de jeunes! On essaie de faire en sorte qu’on ne tape sur l’Iran pour de mauvaises raisons.

- T’as raison il faut taper sur l’Iran pour de bonnes raisons.

- Qu’est-ce que tu dis?

- Simplement que vous avez raison, il ne faut pas taper sur l’Iran pour de mauvaises raisons mais pour de bonnes.

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In vino …

septembre 18, 2009 · Laisser un commentaire

Ce soir, planté devant l’étal de la foire aux vins de mon supermarché préféré, j’entends les pas et le papotage de jeunes femmes qui vont passer derrière moi.

“Au début du ramadan, ça va, mais maintenant …”

Mes oreilles cessent de percevoir, je me retourne pour voir passer deux filles d’une bonne vingtaine d’années, habillées bourgeoisement (genre XVéme) à peine typées.

Résultat j’ai rajouté une bouteille de Bordeaux dans mon panier.

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Ecouter aux portes

août 21, 2009 · 2 commentaires

Comme en a fait l’expérience récemment un préfet, les contrôles de sécurité sont une véritable plongée dans les réalités. Contrairement à lui, il faut préférer le rôle du spectateur attentif à celui du redresseur de tords. En témoigne ce matin ces bribes de conversation saisi ce matin en présentant mon sac à peine ouvert à deux vigiles.

Le premier était blanc, petit, maigre, brun avec une barbe de trois jours et les cheveux raz, légèrement dégarni, en fait l’air insignifiant tout en s’exprimant avec le plus pur accent de banlieue.

Le second était un noir, rablé, un peu plus agé que son camarade, bref un aspect commun pour un gardien.

Le premier: Et puis c’est une chrétienne (plus pur accent de banlieue)!

Le second: Y en a beaucoup chez nous!

(…)

Et puis c’est un libanaise (visiblement il connaît le CV de l’intéressée)

(…)

C’est vrai qu’ils aiment bien l’argent!

A ce moment, un oeil avait survolé le contenu de mon sac entrouvert et le détecteur de métaux avait été légèrement soulevé au-dessus de la table. Le premier vigile me faisait signe de passer, ce qui ne me laissa pas la chance d’ouïr la fin de cette étude approfondie des caractères nationaux et de la psychologie des peuples. Ce goût de l’étude manifestait d’ailleurs l’influence bénéfique du lieu de haute culture dans lequel j’entrai. J’ose espérer qu’ils ont dans leur conclusion accepter de faire partager le vivre-ensemble du petit malingre à la chrétienne, en dépit de ses tares héréditaires nationales et religieuses.

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Info-jeu

juillet 31, 2009 · Laisser un commentaire

Un préfet interdit de consommer les produits  du Gland!

Honni soit qui mal y pense,

Mais où et comment se procure-t-on les produits du Gland?

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Brèves d’Outre-Rhin

juillet 27, 2009 · Laisser un commentaire

Quoique l’auteur de ce blog tienne à son anonymat, il ne peut s’empêcher de donner quelque indication quand à sa localisation alors qu’il doit affronter l’étrangeté d’un pays voisin autrefois ennemi héréditaire du notre*. L’oeil n’est pas forcément dépaysé, même si le spectacle agresse le cerveau qui croyait déjà échapper à l’image des rues sales de Paris et aux graffitis variés. La vue pourrait effectivement amener à conclure que l’on se trouve dans quelque Bronx d’Outre-Tibre plutôt que dans une bourgade allemande fière de son archevêché.

Le choc se confirme à l’écoute des informations locales. Pour une malheureuse affaire d’un quart de Rolex, un ministre socialiste se retrouve voué à la vindicte populaire. Par un coup de malchance la dame en question s’est fait piqué sa mercédès blindée en Espagne, sur son lieu de vacances. Du point de vue local, c’est un gachis d’argent public que de payer 700 litres de carburant pour un voyage privé, surtout que les contribuables n’ont pas à rembourser les dettes que l’Etat accumule pour payer aussi ce genre de dépenses (argument d’un camarade ministre de droite).

Ce qui est amusant, c’est qu’en France pour faire autant de bruit, il faudrait bien que Sarko se fasse voler son nouveau Falcon lors d’unweek-end  à Brégançon. Il est vrai que nous avons le don de la dépense publique utile pour la relance et que nos politiciens savent y faire. D’ailleurs Julien Dray faisait cela déjà avec des fonds associatifs pour soutenir l’industrie horlogère avec ses modestes moyens. Puisqu’on vous disait que les dons à la FIDL et à SOS Racisme se faisaient pour la bonne cause, celle qui garantissait la ponctualité avec laquelle Dray et ses amis reconnaîtront l’instant du Grand Soir, et auront entretemps sauvé l’emploi d’ouvriers français suisses** qualifiés.

Pour les espagnols, ils ont eux les moyens de réaliser un grand coup pour le tourisme. Qu’ils arrêtent l’auteur d’un vol aussi médiatique et ils pourront enfin prendre le pas sur leurs concurrents italiens en prouvant que eux ils savent venir ausecours des touristes victimes des malfrats locaux.

* Pour comprendre comment deux pays deviennent ennemis héréditaires, se référer à Oumpah-Pah tome 3.

**On ne peut s’y connaître simultanément en économie, en horlogerie et en géographie.

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Absurde

juin 15, 2009 · 2 commentaires

Tombé par hasard sur cette information qui n’a rien de récent: une chercheuse israélienne en études sociales, les soldats israéliens refusent de violer les palestiniennes parce qu’ils sont racistes. La conclusion est inéluctable: « C’est le racisme démographique qui est à l’origine de cette attitude, car une grossesse consécutive à un viol amènerait à la naissance d’un Arabe de plus, et cela serait vécu comme une catastrophe au niveau national ! Il s’agit de lutte pour la possession du territoire ».

En soi  cela n’a pour ainsi dire aucune importance. Il s’agit d’évènements lointains pour lesquels il est inutile de faire preuve de passion. Le seul et grand intérêt de cette étude est de démontrer l’étrange propriété des sophismes: former une proposition absurde à partir faits crédibles (que les soldats israéliens ne violent pas et qu’ils sont légèrement racistes). Surtout on constate que nous avons tout ce qu’il faut pour établir le même genre de conclusions nous concernant: des cuistres jobards qui abominent les discriminations doivent se tenir prêts à nous expliquer doctement que si les jeunes populaires du VIIe refusent de faire une tournante avec Rachida Dati, leur maire vénéré, c’est simplement par un coupable sentiment de supériorité sur les jeunes divers des banlieues; ce n’est pas une quelconque bonne éducation, mais un refus discriminatoire d’adopter les coutumes de populations qui ne demandent qu’à s’intégrer et de contribuer au métissage.

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Loulou, Marie-Flo et les chevaliers de l’apocalypse

mars 16, 2009 · 9 commentaires

La <<réacosphère>> c’est un peu comme les journaux à deux sous de l’époque romantique, on y trouve des idées, des critiques, et surtout des feuilletons. Ils ont peut-être moins de lecteurs que ceux de Dumas ou de Balzac, mais ils sont d’aujourd’hui et (je l’espère) ne servent pas à faire vivre leurs auteurs. La difficulté pour le lecteur, c’est que tout fini par s’entremêler, surtout quand les histoires se passent dans la même ville. Autrefois le bourgeois moyen devait s’imaginer le comte de Monte Cristo en train de faire ses courses au Bonheur des dames pour sa belle albanaise. Aujourd’hui, je tends à mélanger les maudits du XIVème et le Chevalier de l’apocalypse qui coupe les télévisions.

Maintenant, vulgairement je m’imagine le drame qui pourrait se jouer au Barbie Night club, rue du Foin:

- Quand le taxi est arrivé, elle se foutait de mon comportement habituel des mauvais jours. Regard de chien battu, je t’en foutrais. Fixer la terre, qui elle ne ment pas, c’était simplement mon truc pour refaire le plein d’énergie. Je faisais ça depuis que j’avais découvert l’histoire d’Antée sur le sable de La Baule. Et puis c’était un bon moyen de grogner sans se faire emmerder, une sorte d’évasion quoi. Cette fois, en plus j’avais pris mes précautions, et je le lui avais fait savoir. Marre de faire le gentil toutou, je l’avais à l’oeil, avec Smith et Wesson.

Un petit quart d’heure le temps d’arriver rue du Foin, et là du foin, il y en avait. Nous n’avons même pas eu le temps de débarquer qu’il se précipitait dans la voiture, explosait la terrine du chinois bulgare qui conduisait, le flanquait par terre et démarrait en trombe en s’essuyant le front d’une main ensanglantée.

Après avoir soigné les deux répugnants acolytes, le clochard et son ange gardien la nuit précédente, ce soir là il avait recommencé la tournée des bistrots. Il avait fini par arriver rue de Turenne après avoir consommé autant qu’un régiment écossais. Il se disait que l’endroit augurait bien, et qu’il pourrait y soutenir une bataille victorieuse contre l’abjection qu’il sentait monter autour de lui. Quand il vit ce tas de gentils déguisés couleur guimauve, qui en savonnette, qui en baudruche, le tout dans un mélange informe et festif où on ne distinguait plus le mâle de la femelle, il se décida. Il brandit sa bouteille comme une massue et il chargea.

Se gardant à droite, parant à gauche, il pourfendit la tourbe qui la tourbe agglutinée à la lumière rose et violette de l’entrée d’une boîte louche. La savonnette numéro un râlait sur le trottoir, le sarrasin qui s’était dressé devant lui avait la moitié du visage qui s’était attaché au tesson alors que le culot lui en protégeait l’autre moitié. Les baudruches et les barbies paniquées s’égayaient en poussant des petits cris plaintifs. Il s’apprêtait à jouir de la panique de ce néant quand une bagnole s’arrêta brusquement devant lui. Le conducteur lui semblait le frère des salauds qui l’avaient plongé hors de son petit bonheur. Il devait payer. D’un geste il le sortit et l’envoya bouler sur la chaussée. Avec une voiture, le carnage serait plus parfait! Comme les petites frappes qu’il ferait.

Il n’eut qu’à prendre le volant et à foncer. Quelques chocs sourds lui indiquèrent que les dernières baudruches étaient explosées. En regardant dans le rétroviseur il vit que par terre plus rien ne bougeait et qu’il avait deux passagers d’un genre qu’il avait rarement rencontré jusqu’à présent.

- Je m’attendais à être surprise par la soirée de Jean-Charles, il faut avouer qu’il était assez fort pour trouver des plans décadents à faire frémir Bonne-Maman et tous les parents, oncles et tantes réunis. Même Louis-Marie avait reconnu une fois que les beuveries reitres et lansquenets aux quelles il s’adonnait avec ses potes de La Flèche et première année de droit, c’était de la gnognote à côté. Mais ce soir, l’aventure atteignait au délire. Etre armé et se faire prendre en otage par un quidam qui, sans le sang et le bruit des corps éclatés contre la carrosserie, aurait plutôt ressemblé à un paisible militant du Modem ou de l’UMP, je trouvais que c’était encore mieux que ma rencontre avec Marlon Brando.

Après quelques virages sur les chapeaux de roue, le Fangio improbable s’arrêta sur les Grands Boulevards, et il ouvrit sa portière comme pour nous abandonner. Louis-Marie, forcément, était encore abruti par cette sauvagerie primitive et ne pipait mot en se blottissant contre moi.. Il avait même renoncé à sa manie de vouloir se jeter par la fenêtre . Il fallait prendre les choses en main. J’ai sorti Smith et Wesson qui depuis la rue Foin avaient cessé de me regarder de leur oeil sombre et j’intimais au barbare l’ordre de rester au volant. Quand il se retourna, il exhala le mauvais Blended, comme mon souffre-douleur préféré, mais lui, au moins il se calmait à l’odeur du sang et pas au Lexomil. Je lui dis de prendre la route de la Corrèze. A trois nous arriverions bien à jouer à Bonnie and Clyde et à faire du ludisme sur les voies de TGV.

PS: j’aurais bien aimé leur faire rencontre l’ivrogne, l’anglais et Sir Buckingham, mais les clients du Barbie Night Club ne sont hélas pas des Wisigoths et la Seine, même en crue, est trop loin des hautes Pyrénées. Pour le vieux flic, il n’a plus qu’à surveiller les indicateurs des chemins de fer ou à devenir enragé lui aussi. Quant aux héros, je leur souhaite bonne chance pour leurs futures aventures qui ne devraient pas se dérouler ici.

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Question existentielle

mars 14, 2009 · 2 commentaires

LE CURE: Nous en étions à la correction de notre petite version si vous le voulez bien.

Il cite

Induit Caesar vestem reversusque ad urbem. Vous savez comment vous avez traduit ça? “Entré dans la ville César retourna sa veste.”

LE GENERAL, vexé: Ce n’était pas ça? Cela me paraissait astucieux.

LE CURE: C’était astucieux, mais ce n’était pas ça. Induit Caesar vestem reversusque ad urbem se traduit par : “César mit sa toge et regagna la ville.”

LE GENERAL, déçu: C’est moins bien.

LE CURE: C’est moins bien, mais c’est la traduction exacte.

LE GENERAL, qui a pris un cigare, rêveur: Ah, monsieur le curé!… (Vous me permettez de fumer en classe?) Je me demande parfois si l’on a pas tort de s’obstiner à vouloir traduire exactement les choses…

LE CURE: Si on veut apprendre le latin, c’est indispensable.

LE GENERAL, poursuivant son idée dans la fumée de son cigare: D’abord on y arrive jamais… Et ce grand souci scientifique, pour finir nous masque les neuf dixièmes de la vérité qui, elle, est intraduisible. (Vous en savez quelque chose, c’est votre métier!) Oui, je me demande parfois si l’homme, tout bien pesé, n’a pas fait faire à la connaissance un énorme pas en arrière en renonçant à l’imagination et à la poésie comme moyens d’investigation scientifique… Newton l’aurait tout bonnement reçue sur son nez, en sommeillant sous son pommier, sa pomme, et il n’aurait pas été cherché plus loin… Je ne suis pas sûr que nous nous en serions plus mal porté!

LE CURE: C’est bien possible.

LE GENERAL: Nous faisons les petits flambards à appuyer sur tous nos petits boutons, mais qui sait si, avec notre civilisation rationnaliste, il n’y a pas tout simplement trois cent ans que nous sommes couillonnés!

Jean Anouilh, L’Hurluberlu ou le Réactionnaire amoureux

Avec Paul Meurisse dans le rôle titre (le général), cela devait être un spectacle.

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Remède au mauvais goût

février 27, 2009 · 2 commentaires

Trop souvent nos écrans sont encombrés d’inventions plus ou moins humoristiques. Nous aussi, réagissons!

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Ecrits et soupçons

février 17, 2009 · Laisser un commentaire

Les écrits ont une vocation assez simple: nourir la réflexion de celui qui les tient. Ils ont également un effet secondaire parfois amusant: alimenter et exprimer les préjugés de ceux qui regarde celui les tient. Lire en compagnie attire les regards des curieux, mêmes ceux du naïf. C’est souvent bien commode dans le métro pour saisir à la volée sur le gratuit  de son voisin l’écume du jour. C’est presque aussi simpleque de regarder les journaux télévisés, et généralement beaucoup plus rapides. Quelques lecteurs de métro, vingt minutes ou direct matin suffisent à connaître les préoccupations de ses contemporains en moins de six stations de métropolitain.

Avec des livres exotiques, c’est aussi un moyen de réaliser un sondage garndeur nature. Débaler Rivarol ou minute aux heures de pointe peut à cet égard s’avérer une expérience assez amusante, et appeler des reagrds aussi amènes que ceux qu’on envoie au premier barbu qui dévore sur son strapontin un ouvrage se lisant de droite à gauche.

Il est pourtant un temple du livre en France où ne devraient se trouver que des esprits supérieurs, prêts à accepter toutes les bizarreries littéraires puisque c’est le seul endroit où on trouve toute la littérature française et souvent étrangère à la libre disposition des esprits éclairés: la bibliothèque François Mitterand, du nom du célèbre lecteur de l’Action Française qui n’a pas hésité à se plonger dans les oeuvres de Marx et Jaurès.

Et même là on arrive au même phénomène que dans le métro. Il y a quelques jours, relégué dans la section philosophie, j’ai pu saisir cette expression dans les yeux de mon voisin. Quelques ouvrages répandus sur ma table ont fait naître dans ses yeux cette lueur unique qui indique la volonté de signaler le contrevenant à la HALDE, au CRIF et à la LDH.

Il est vrai que c’est un endroit où on sait ce que c’est la bête immonde en version papier: des volumes imprimés avec des caractères bizarres, réservés au titre d’un quotidien de référence. Surtout si vous ajoutez à cela une iconographie riche de feuilles de chêne sur les couvertures et des représentations abominables d’hommes en uniforme à casquette plate, casque à pointe ou casque à boulon dans les pages intérieures. Il est vrai que pour le lecteur d’un philosophe français inspirateur de mouvements contestataires, ces représentations sentent le souffre.

A ce regard, je compris que l’autre exilé de la section L qui s’intéressait aux danses macabres avait bien de la chance de pas se trouver à côté d’un Torquemada à la petite semaine. C’est vrai, dans la section L de la belle institution où je me trouvais, on peut lire ce qu’on veut puisque tout est une source primaire.

Fort de ce raisonnement, je pus m’en retourner la conscience tranquille en me disant qu’aucune lecture ne saurait être taboue. Toutefois aujourd’hui, perturbé par les exigences d’un quidam qui insistait à voix haute pour obtenir sa commande et s’écriait comme dans le premier kiosque venu qu’il avait absolument besoin du Paris Turf de janvier 1955, je suis tombé dans un questionnement profond. Ma première réaction est-elle la bonne? Toute source a-t-elle réellement un intérêt, même dans la section L des gens intelligents?

Aujourd’hui j’ai une angoisse. Quelque physicien va-t-il brutalement examiner près de moi les théories d’Heisenberg et me demander quelques précisions en rapport avec mon sujet d’étude. J’espère que non, car qui ferait le lien entre les casques à pointe, les casques à boulons et les casquettes plattes et le génial inventeur du principe d’incertitude. Heureusement, google ne livre aucune preuve photographique propre à satisfaire cette interrogation, et je n’aurais pas à m’étendre sur ce cas amusant.

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