Regard Naif

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Jachère, inscriptions et belles lettres

mai 24, 2009 · Laisser un commentaire

Par fainéantise, ce blog est en jachère depuis un mois. Les sujets n’auraient pourtant pas manqué. Le magnifique appel de Thierry Mariton pour un emprunt forcé se serait bien prêté à de longs développements en dépit de son caractère confidentiel. Ne doutons toutefois pas qu’après le 7 juin il sera enfin entendu et promu par les gardiens de nos finances. Les polémiques sur le discours du Saint-Père en Terre Sainte auraient également pu être l’occasion de considérations érudites. C’est vrai que ce pape fut membre obligatoire des jeunesses hitlériennes et qu’il est naturel de se méfier de tout ce qu’il peut dire concernant la shoah et que nos résistants qui ont eu le courage et la vertu d’attendre pour venir au monde que la bête immonde se soit retirée ont raison de nous alerter. D’ailleurs à l’époque où il fréquentait le séminaire plutôt que les réunions éducatives des dites jeunesses, il devait déjà tramer de sombres desseins qui expliquent le peu d’attention que lui porta une police politique autrement plus méfiante habituellement avec le cléricalisme philosémite.

Même les amis inconnus qui m’envoient de beaux messages pour me proposer des liquidités à des taux usuraires, des voitures à des prix exorbitants ou autres expanseurs de sexe suédois et pilules aphrodisiaques auraient mérité quelques remerciements. Ce d’autant plus qu’ils n’hésitent pas à m’écrire en anglais, en allemand, en russe ou en chinois. Cette notoriété internationale fait chaud au coeur.

Même le beau mouvement démocratique des étudiants en “master d’arts martiaux et sciences politiques” de l’université de Lyon aurait pu faire l’objet de commentaires grinçants. Rassurons-nous,  la pitoyable tentative cinématographique des factieux de l’UMP n’enraiera pas leur mouvement pour une université plus belle, plus juste, plus humaine.

C’est pourtant une simple promenade parisienne qui justifie ce retour. Quelle émotion de voir ce panneau arboré par un mendiant qui n’hésite pas à se séparer de jeunes chiots chers à son coeur en face de l’Académie française et écrit sur son morceau de carton: ” Une petite pièce pour manger, merci bocu”. Cet hommage à la beauté de la langue et à la syntaxe qui n’hésite pas à faire référence aux origines balkaniques du malheureux mérite un véritable éloge.

Pour celui qui a eu le courage de rajouter ce cri d’amour de la liberté, “Ni dieu ni maître”, à l’entrée nord de la cour carrée du Louvre, je reste plus circonspect. Se rend-il bien compte qu’à l’époque de la construction de la dite cour, il aurait amplement mérité l’estrapade pour son appel généreux? Une telle abnégation rétrospective laisse sans voix.

Moment de frayeur également en entrant au Palais-Royal. Une palissade interdit l’accès à la magnifique oeuvre de Buren. La menace de ce grand artiste aurait-elle été mise à exécution? Heureusement, il n’en est rien! Les bandes verticales blanches et noires sont traversées de hublots qui confirment que notre gouvernement a enfin pris la question culturelle au sérieux. La réfection de cette magnifique création est en cours. Quel plaisir de voir de l’argent si bien dépensé.

Enfin, cette belle inscription, “Dieudonné Soral Résistance”, pochée au seuil d’une station de métro d’un des derniers bastions de la ceinture rouge de Paris ne manquera pas de faire définitivement oublier les errements d’anciens communistes. Jacques Doriot sera définitivement balayé par ce mouvement qui balaiera définitivement l’influence sioniste. Désormais les communistes dissidents ne se fourvoieront plus avec l’occupant. Avec leurs camarades, ils resteront tous à la pointe de la lutte contre la tyrannie, la xénophobie.

Décidément la jachère a du bon, elle permet d’observer comment le bon grain chasse naturellement l’ivraie. Les belles inscriptions fleurissent un peu partout, et ce n’est que justice puisque c’est le printemps.

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Interlude

mars 30, 2009 · Laisser un commentaire

Je ne peux décrire précisément mes activités du moment qui ralentissent ma production, mais en voici une petite évocation vidéo.

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Examen de conscience d’un capitaliste

mars 10, 2009 · Laisser un commentaire

Il faut l’avouer, j’ai commis, il y a quelques années le crime d’entrer dans le cercle fermé des actionnaires de Total et de la Société Générale. Plutôt que de d’aider l’Etat à accroître sa dette en souscrivant à des obligations, j’ai préféré donner mon argent à des grands groupes français pour qu’ils puissent investir. Je suis devenu volontairement un horrible exploiteur. Face à l’opprobre qui s’attache à cette volonté délibérée de gagner de l’argent en dormant, même si à mon grand regret je n’en gagne pas assez ainsi pour dormir toute l’année, il était impossible de résister au besoin de procéder à une examen de conscience.

C’est vrai,  à en croire nos élites, je contribue à empêcher les Français de se chauffer à bas prix, je leur suce leur argent à la pompe, j’ai flouté les comptes des banques et mis en péril leur épargne, et je provoque l’effroyable catastrophe du réchauffement climatique. Rien qu’en lisant ce matin une réflexion du Socrate de Bègles, Noël Mamère, j’en étais toujours plus convaincu.

Alors, ce qui  depuis plusieurs jours murissait dans un cerveau en ébullition devait faire éruption. Je ne savais pas ce que je pourrais dire pour éviter le pilori: que l’Etat est vraiment le meilleur pour endosser les gains sans effort et à ne pas participer aux pertes, parfois même quand il les provoque, que Noël Mamère n’a qu’à vraiment faire du vélo s’il veut sauver la planète, que les quelques dividendes que vont me donner mes vaches à lait cette année sont sans commune mesure avec les pertes subies l’an dernier sur mon capital.

Rien de tout cela n’aurait su être convaincant. Il fallait l’admettre le naïf pensait comme un âne alors que ses contemporains font face à une catastrophe économique pire que la peste. Un mal qui répand la terreur et que le ciel envoie sur la terre pour exprimer son courroux. Dans ce cas, un vague souvenir invitait assez nettement à laisser la plume à un auteur plus brillant. Au fond, la crise c’est ça:

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Crise Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.

Sarkozy Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.

- Sire, dit le Bertrand Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
D’Aubry, ni Mamère, Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un gentil Besancenot Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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Procrastination du samedi

janvier 11, 2009 · 4 commentaires

Un mémoire en train de prendre du retard contraint parfois à des mesures inhabituelles et à de bonnes résolutions. Ce samedi, j’avais donc prévu de me consacrer énergiquement à un travail de recherche et de rédaction. Hélas, trois fois hélas, chassez un naturel flegmatique  et il revient au galop.

8h00: le soleil se lève et mon réveil sonne. Et puis zut, c’est samedi.

8h59: Tiens, j’ai réussi à me lever avant 9h00.

9h45: Ah oui, la liste d’ouvrages réservés n’est pas complète. Un petit saut sur internet et c’est réglé. Au passage inspection des nouvelles. Rien de neuf depuis hier soir, mais il faut en être sûr.

10h05: Entrée dans le métro au lieu de l’entrée prévue dans la salle de lecture.

10h35: Sortie du métro, ma place n’a pas encore sauté, tout va bien.

10h40: J’aborde le monstre de béton. Faute de grigri protecteur, je me contente de quelques imprécations et deux malédictions pour conjurer les mauvais sorts et les glissades sur les planches (pourtant je suis au bord de la Seine, pas à Deauville).

10h50: Quand je pousse la porte d’entré un grincement stridant m’indique que mes mesures de défense contre les esprits sont efficaces. Ils gémissent à mon approche.

10h55: En descendant dans les entrailles de la base du spectre, je me pose la question habituelle: James Bond ou OSS 117 viendra-t-il aujourd’hui venger les braves chevaliers dont les côtes de maille tapissent les murs. Ils n’auraient pourtant pas de mal, simple naïf j’ai réussi à repérér l’échelle secrète qui permet d’échapper aux gardes de l’hydre*.

10h59: Le tourniquet est passé à temps. Direction le café pour se donner du courage. Sur le chemin je constate que comme d’habitude à mon passage les esprits frappeurs se sont réfugiés dans les vitres. C’est agaçant à force, cela les rend laiteuses.

11h30: J’ai mes livres, même ceux commandés ce matin. Regardons!

11h40: Un examen attentif des exemplaires de la série que j’ai en main pour la première fois me prouve que cette noble institution que je fréquente a bénéficié de quelques saisies, prises ou pillages. Je m’en fous, cela m’épargne un déplacement à l’étranger ou des achat supplémentaires.

Encore une fois une enquête rondement menée dans la base du spectre. Les livres ne sortent pas tous du dépôt légal.

Encore une fois une enquête rondement menée dans la base du spectre. Les livres ne sortent pas tous du dépôt légal.

12h00: Ce n’est pas par ce qu’on est en retard qu’il faut renoncer à déjeuner.

18h00: Livres rendus. Tiens je suis en avance quoique mon mémoire reste en retard. Il va falloir que je procrastine d’autres samedis.

18h10: En poussant les portes, un souffle m’informe que les fantômes reprennent leur place. Vivement que les Ghostbusters se pointent. Cela ferait un joli spectacle.

18h10: La rame du métro arrive. Je ne suis pas le seul à rentrer du travail. La prochaine fois ne pas oublier de prendre un saucisson à l’ail et des rillettes pour conjurer tous les mauvais sorts.

Conclusion: Même si c’est un énorme cube de béton et de  verre froid, il y a plus de spectres à la BNF que dans tous les châteaux d’Ecosse. C’est sûrement pour ça que Mitterand a préféré aller à Jarnac après qu’on lui a refusé Bibracte.

* Franchement, le SPECTRE pourrait faire des efforts sur les costumes. Dans tous les James Bond ou OSS 117, les petites mains affairées dans la base du méchant ont de jolis uniformes de couleur ou des tenues seyantes avec plein d’insigne dessus. Là, rien, quelques anars mal peignés et des gardes en tenue de contrôleur de la RATP. Au secours.

Le patron qu'il faut pour la BNF

Le patron qu'il faut pour la BNF

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Bilan: de l’art de bloguer

janvier 5, 2009 · Laisser un commentaire

La mise en abîme est un exercice périlleux et glissant. Alors un billet sur l’art de bloguer à titre de bilan, a toutes les chances d’être mauvais. Tant pis!

Au moment de valider définitivement son inscription sur jelouvreparcequecestmoileplusbeau.com le futur billetiste a un moment d’angoisse. Nécessairement, il sait qu’il est le plus beau, le plus intelligent et qu’il a choisi la meilleure plate forme, celle offerte moyennant la somme modique de 0¤ par le site évoqué plus haut. Pourtant il est saisi de sueurs froides à l’idée que:
- les autres prétentieux qui sont vraiment trop nuls puisqu’ils ont choisi nifaitniafaire.bug et qu’ils dissertent médiocrement de la reproduction des diptères mâles dans les régions arctiques, vont-ils le reconnaître à son juste talent?
- Trouvera-t-il le temps au milieu de ses activités de personne superdébordée (quand on est le meilleur forcément on est très pris) d’exhiber ses réflexions profondes et édifiantes?

Bref arrivera-t-il à déjouer le complot du silence avec esprit et son inspiration sera-t-elle suffisante?

Après quelques temps pourtant il devient intarissable. Il est prêt à développer un système métaphysique de haute volée, à réécrire l’histoire des civilisations, à démontrer l’axiome d’Euclide, à pondre un roman trop bon pour le Goncourt ou le Nobel, à renverser le système ou plus. C’est le danger et l’intérêt du genre.

La principale satisfaction qu’on trouve à l’écriture des billets est ailleurs: quelques piques de ci de là, l’obligation de faire surgir des limbes sa pensée et de la coucher bancalement par écrit. Il faut aussi en rabattre et accepter de ne pas avoir le talent du Cavalier seul, le modèle du billetiste. Tant pis, cela aide à accepter que les coups d’épée qu’on prétend porter ne fassent qu’éraffler, et puis on se dit que plutôt que le silence, c’est un moyen de défendre le panache.

cavalier-seul

Sur cette fin de bilan, je souhaite une excellent année à mes lecteurs avec plains de bombes sur Gaza, de roquettes sur Sdérot, de faillites un peu partout, de banquiers qui se tirent avec le magot, de déficit en tous genres, une année pire que 2008, tout simplement.

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Bilan: les chiffres.

janvier 1, 2009 · Laisser un commentaire

En bon billetiste, je dois en ce début d’année des contes à mes lecteurs. Après plusieurs mois d’atermoiements, je me suis lancé en septembre dans l’entreprise ardue de vérifier qu’il était possible en trois clics de créer un blogue. C’est ainsi que mon regard s’est offert au monde. Avant tout, je tiens à rassurer mon banquier, cette aventure médiatique a d’ores et déjà atteint l’équilibre financier.

Un peu plus de 3 mois et 70 billets plus tard, 3000 et quelques fois un quidam s’est aventuré à percevoir le monde par mes yeux. Que tous ceux qui ont fait ce petit geste, sur le bouton d’une souris, et se sont retrouvés ici par hasard ou non soient remerciés, même ceux qui ont du être déçu par les résultats donnés par les requête <<porno allemand 1900>> ou <<supermarché G20>>. Ils auraient mieux fait de se connecter à ILYS ou à la tribune.

Force est d’avouer que certaines recherches paraissent bizarre quand on en est l’objet. Ayant bon naturel, je souhaite tout de même que ceux que google a renvoyé ici à cause de leurs interrogations métaphysiques ont trouvé la réponse à une de leurs questions, même si ce n’était pas la bonne (cela m’arrive aussi sur google d’avoir un lien qui m’apporte une réponse utile à une question que je ne m’étais pas posé). Parmi les plus exotiques, je citerai seulement:

- cinéma casque à pointe huns homme (3 fois, des fans de film de gladiateur?);

- nem choucroute (2 fois, je sais, j’ai vu des nems à la choucroute sur la carte d’un restaurant. De là à en chercher!).

Surtout, je suis reconnaissant à celles et ceux qui ont jugé ma prose (ou mes quatrains) dignes de l’aumône d’un commentaire. Ces réactions obligent à affiner sa pensée et puis comme pour la plupart ils ont été flatteurs je leur souhaite une merveilleuse année 2009. Que les autres se contentent simplement d’une bonne année.

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Réflexions domestiques

novembre 15, 2008 · Un commentaire

Les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse. La pratique de certaines me conduit même à avoir une pensée Zémues (en général je n’ai qu’une pensée à la fois, et en l’occurrence la qualité de mes réflexions est si élevée qu’elle justifie ce qualificatif). Lorsque la nécessité me contraint à jouer le rôle de Gervaise face à un pantalon toujours récalcitrant, plus que du Zola, cela devient du Hugo. Je n’en arrive pas à évoquer intérieurement la charge des cuirassiers de Ney à Waterloo, mais la reine Victoria et son fils Edouard.

La jambe de toile est là froissée et étendue sur la planche où elle doit reprendre la forme qui lui sied dans le monde. La pure logique du tissu devrait recommander de la mettre bien à plat avant de lui appliquer le fer. Pourtant les codes sociaux imposent une savante attention pour lui imprimer le pli, cette marque profondément artificielle. C’est l’instant où le Paris de la belle Epoque resurgit. Ce Paris où le Prince de Galles fréquentait tous les mondes, jusqu’au quart-monde, qui en ce temps avait une autre signification plus frivole qu’aujourd’hui.

La préparation de l’Entente cordiale eut un prix terrible. Il fallait suivre le style d’Outre-Manche dont le fils de Victoria était l’éclatant symbôle. C’est l’origine du drame qui maintenant encore s’impose aux repasseurs dépourvus de domestiques. Débarquant pour une réception, Edouard n’avait pas de pantalon pour son habit et fut contraint d’en acheter un et, faute de goût suprême, de porter un pantalon neuf sans avoir le temps de le porter à la blanchisserie. C’est ainsi qu’il porta dans le grand monde les stigmates de son étourderie.

La flagornerie et la capacité infinie du parisien d’adopter les coutumes qui lui répugnent le plus pourvu qu’elles soient apportées par un étranger à la mode jouèrent à plein. Alors qu’il était du plus mauvais goût de s’afficher avec un pantalon marqué d’un pli, c’est à dire sortant directement de chez le tailleur où il avait attendu trop longtemps sur un cintre, il devint du dernier chic d’imiter l’excentricité de l’héritier de la couronne britannique. Cet accident vestimentaire se perpétua pour faire le malheur de générations d’utilisateurs de fers à repasser. Plus grave encore, si au temps des revues à Longchamp et des visites de la flotte impériale de Russie à Toulon, la domesticité était suffisamment peu onéreuse, le tumulte des guerres et le progrès technique firent disparaître cette commodité pour livrer l’Homme bien né à la rude tâche d’entretenir son vêtement. Il fut contraint d’appliquer son génie à faire capituler un pantalon récalcitrant plutôt que de poursuivre des buts plus élevés.

Le pli du pantalon devint une malédiction pour le mâle occidental et toute sa parentèle. Comme quoi, il faut toujours se méfier des Anglais, même quand ils sont étourdis.

Edouard VII, inventeur du pli au pantalon

Edouard VII, inventeur du pli au pantalon, Honni soit qui mal y pense

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Hommage à Moussa

octobre 7, 2008 · Laisser un commentaire

Il n’était pas une des causes de ce blog, mais il l’aurait amplement mérité. Moussa Kaka, journaliste correspondant de Radio France (d’après) Internationale, représentants de Reporters Sans Frontières et d’une radio locale vient d’être libéré par les gentilles (depuis aujourd’hui) autorités nigériennes anti-démocratiques (jusqu’à hier). Reconnaissons toutefois que garder Moussa Kaka sous couvert pendant un an a du être une épreuve terrible pour le régime nigérien. Nous espérons de tout coeur que ses conditions de vie n’étaient pas d’une insalubrité propre à déclencher des troubles intestinaux.

2008 restera une grande année pour les causes médiatiques, la mobilisation en faveur d’Ingrid Bétancourt dut-elle en souffrir. Heureusement que Bob DMénard vient de partir dans la péninsule de l’heureuse Arabie. Nous ne manquerons pas de nous étonner du manque d’indignation que son éventuel emprisonnement au sérail pourrait provoquer.

PS, ce post est graveleux, mais un évènement de la taille de la libération de Moussa Kaka ne pouvait être passé sous silence.

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Bouteille à la mer

septembre 19, 2008 · 2 commentaires

La Varende conte dans un recueil de nouvelles savoureuses l’aventure arrivée à un sien parent commandant une frégate. Au large de l’Afrique la vigie signale une bouteille à la mer. Dans un grand émoi l’équipage s’affaire sous la houlette de son commandant pour récupérer ce qui doit contenir un message. Malgré une mer agitée l’objet est attrapé et porté au dit parent qui a prépéaré une série impressionante de canifs et tire-bouchons pour ouvrir la dite bouteille.

A l’ouverture, la bouteille contient un parchemin parfaitement emballé sur lequel est écrit une énorme injure. Pour ne pas peiner son équipage le commandant annonce simplement à l’équipage que le papier est effacé.

Jusqu’à présent je comprenais la charité du chef qui refuse d’annoncer à ses hommes qu’ils se sont dévoués pour être injuriés.

Depuis que je suis les statistiques de lecture de mes messages, je commence à comprendre l’angoisse de celui qui croit avoir quelques choses à dire à ses contemporains et ne se sent pas écouté. Hier en rentrant, je vis la chute désespérante de mon taux d’audience (30 à 6 puis 2 lecteurs par jour), et cela m’a presque donné cette envie d’injurier le premier qui se pointerait au hasard.

Ce soir mes statistiques remontent comme mon moral. Je remercie les six fidèles lecteurs qui sont venu me voir chacun de ces deux derniers jours. Se savoir lu est un plaisir que je connaissais mal, même si ma prose s’était souvent imposée aux yeux de correcteurs stipendiés par l’Education nationale Instruction publique ou de chefs rageurs.

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Candide

septembre 15, 2008 · Un commentaire

Dans la veine des comédies des années 60, il en est une, inspirée de Voltaire, qui correspond quelque peu au programme de ce bleaugue. Pour les idées j’aurais pu préferer le pastiche commis par Gaxotte sur le thème du Nouvel Ingénu, mais je ne suis pas assez doué en littérature pour essayer une critique dans ce domaine, alors je m’attaque au cinéma.

Il faut avouer que la transposition de l’esprit du XVIIIe dans le monde contemporain est plus heureuse que la défiguration des oeuvres classiques par la quincaillerie artistique contemporaine. Candide ou l’optimisme au XXe siècle de Norbert Carbonneaux est à cet égard un plaisir. Candide n’est plus le héros chassé du chateau de Thunder-ten-tronck en Westphalie pour errer des batailles de la guerre de Sept ans à Constantinople en passant par la Lisbonne du tremblement de terre à la recherche de sa bien-aimé, mais toujours chassé de Thunder-ten-tronck aux confins de l’Alsace et de la Lorraine, il est balancé de la débâcle de 1940 à Moscou et New York avant de retrouver sa chère et tendre en Normandie. Le conte philosophique devient un film à sketch heureux avec les défauts du genre. Certains trucs sont bien connus: le bal masqué XVIIIe du début, l’acteur qui joue tous les officiers allemands.

Les personnages secondaires sont truculents à souhait. Michel Simon est la parfaite incarnation d’une certaine nullité militaire française, n’hésitant pas à déclarer que si on ne respecte pas les règles de l’école de guerre, il n’y a plus de guerre possible. Pierre Brasseur en Pangloss, successivement professeur de métaphysico-psychologie, propagandiste national-socialiste, défenseur du meilleur des mondes communistes et publicitaire américain est l’incarnation du caractère dérisoire des idéologies. Jean Richard et Louis de Funès en trafiquant du marché noir et inspecteur de la Gestapo française reconvertis en colonels à six galons de la résistance sont dépassés en lâcheté et veulerie par Poiré et Serrault en policiers soucieux de leur carrière.

Le banquet où Candide avoue benoîtement devant un Russe et un Américain qui se congratulent mutuellement pour la Corée et Budapest que lui aurait préféré être de l’expédition de Suez et où par conséquent il se fait traiter de “vippèrrre lubrrrrique imppérrrialiste” est un régal. Je ne sais pourquoi, mais Candide m’est extraordinairement sympathique à cet instant.

Pour la fin, je ne la dévoilerais pas, puisqu’elle trahit Voltaire, mais je crois quand même que Candide est bien de toutes les époques.

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