Regard Naif

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Arrête ton char…

février 19, 2009 · Laisser un commentaire

Quand on est l’héritier d’une grande famille de marchands de canon et vendeurs de journaux, c’est difficile d’attendre d’avoir sa place. On peut toujours s’amuser à diriger un hebdomadaire, voire un groupe de presse, à se faire élire à la Chambre des députés. Cela ne va pas chercher loin. On finit toujours par se heurter au plafond de verre.

En politique, il faudrait une crise apocalyptique pour pouvoir prétendre devenir ministre. En France, il reste encore quelque pudeur et la république essaie de sauver les apparences. Pour être ministre on peut être affairiste dans l’humanitaire, marchand de moraline, mais quand même marchand de canons de luxe, cela ne ferait pas très décent. Alors quand il faut choisir entre le Rafale et le maroquin, c’est tout vu pour papa. Même le Sénat, c’est pas possible, cela ne se ferait pas non plus de dormir dans la même Chambre que papa.

Dans les media, c’est la même chose. On a le droit de pondre des éditoriaux dans Valeurs Actuelles, mais il ne faut quand même pas pousser et prétendre s’occuper d’un grand quotidien bien-pensant que papa a racheté.

Alors forcément on a des idées, pas très bonnes, mais éventuellement profitables. Alors la souffrance de ses contemporains dans la détresse, on la comprend. On est prêt à tout pour assurer leur dignité. C’est comme cela qu’on finit malencontreusement par signer une proposition de loi dont il faut reconnaître que le rédacteur avait la plume moins agile qu’un avion de chasse.

Pour s’assurer que l’élimination des souffrances et des souffrants se fassent bien dans la dignité, on hésite pas à proposer des solutions innovantes: “mieux qu’une commission, une RCP : réunion de concertation pulridisciplinaire.” C’est vrai que commission cela a un peu tendance à annoncer le sani-broyeur alors que réunion de concertation pluridisciplinaire, cela pose son homme. Dans un cercueil peut-être, mais qu’importe! L’essentiel est que cela se fasse avec amour et dignité et que les proches du cercle familial puissent participer à la décision propre et nette. D’ailleurs si papa Dassault voulait bien attendre que la loi soit votée pour tomber malade, ce serait tout benef.

Il est vrai qu’Olivier Dassault présente toutes les garanties morales pour siéger dans une telle commission qu’il propose avec ses petits camarades de l’UMP. Chroniquer à Valeurs Actuelles, ça vous donne une éthique non! Et puis dans la famille on a la santé. Grand-papa  Marcel étant mort à plus de 90 ans, papa Serge a du attendre l’âge de la retraite pour s’occuper d’avions, alors le petit Olivier il devra bien attendre avant d’approuver la mise à mort du père en compagnie de médecins voués au rôle de jurés et de bourraux si affinité.

Petiot, Mengele et Olivier pour trancher des destinées de papa Serge, ce sera une belle réunion de concertation pluridisciplinaire pleine d’éthique contemporaine sociale, démocratique et républicaine. Cela pourrait même être festif (surtout à la fin).

Pourtant pour les héritiers pressés, une petite annonce dans le Chasseur français peut suffire pour trouver une solution à tous ses problèmes, un truc du genre:

Particulier recherche fine gachette pour safari en Essonne.
Phare de recherche et tir en 4×4 autorisés.
Contacter la rédaction, discrétion assurée.

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Dresde et l’histoire au tribunal

février 15, 2009 · Laisser un commentaire

Il y a soixante-quatre ans, la ville de Dresde a été rasée par les bombardiers de la perfide Albion. Cet épisode est un des sommets atteints par l’espèce humaine pour prouver son talent à détruire le maximum de vie et de trésors historiques en un minimum de temps. Ce fut peut-être même un record d’efficacité qui malheureusement ne tint pas un mois, puisque les Américains ne supportent pas d’être battus, quelle que soit la compétition.

Il est heureux d’ailleurs que ce type de concours ait quelque peu cessé depuis, et qu’ on s’en soit tenu à des arpents de sable déserts, aux solitudes glaciales de Sibérie ou aux mers lointaines pour tester les outils qui auraient permis de faire pire en termes de destruction instantanée au moindre coût.

Dresde mérite donc de figurer avec les sacs de Constantinople ou de Magdebourg au nombre des symboles de notre étrange capacité à réduire en cendres ce que nous devrions préserver. Ces épisodes sont certes des inepties, mais ils sont surtout des objets de réflexion. Ils doivent être traités avec précaution, et examinés sans relâche pour tenter de comprendre comment il est possible de maîtriser les fureurs guerrières. C’est une tâche d’historien, et peut-être le meilleur service qu’ils peuvent rendre à nos gouvernants.

Il y a toutefois un risque dans cette tâche, celui de vouloir régler les questions posées dans un tribunal. C’est ce qui m’agace quand je lis ce que des conservateurs allemands, généralement intelligents et agréables à lire, suggèrent au sujet de Dresde. Un tribunal pour crime de guerre pour Dresde, la belle affaire! Qu’un bolchevique comme Gayssot veuille écrire l’histoire dans les prétoires n’a rien  d’étonnant, mais de la part de gens qui se veulent sages?

Un tribunal, cela a vocation à régler définitivement la question pour les contemporains, à faire cesser les débats, à régler les comptes et à mettre un point final. Alors lorsque les acteurs sont vivants et que les plaies saignent, c’est une manière de cautériser. Après soixante ans: une manière de vouloir revenir en arrière et changer le chemin parcouru? un prétexte à revendications?

Plutôt que de vouloir obtenir aujourd’hui réparation pour des méfaits anciens, il serait plus utile d’appliquer les vieilles recettes de la loi Hébraïque: ce bouc émissaire qu’on charge des péchés et qu’on envoie régulièrement dans le désert, et ces malédictions qui s’éteignent avant trois générations.

La femme de Lot se retourna et fut transformée en statue de sel

La femme de Lot se retourna et fut transformée en statue de sel

Finalement, face à ce type de drame, il me semble exister deux voies:

  • se retourner, en voulant refaire le chemin parcouru et trébucher sur la première pierre,
  • garder en mémoire les dangers rencontrés et poursuivre sa marche en guettant ceux qui pourraient leur ressembler.

La première conduit à traîner l’histoire au tribunal, la deuxième à essayer de s’en servir comme bâton, et c’est sûrement plus difficile.

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Sonnet économique

janvier 19, 2009 · Un commentaire

Puisque Nicolas Sarkozy est aussi bon économiste que je suis poète, j’ai commis ces quelques vers.

Debout dans l’orage, dressé sur ses ergots,
Il crie avec les rares mots de son langage:
“Odieux patrons, cannibales, tas de sauvages,
Vous ne profiterez pas de vos beaux magots!

Hasard ou sagesse vous n’avez pas tout perdu,
Vous pensiez échapper aux  ruines et aux déroutes,
Trop tard, je suis le maître de la banqueroute.
De ce que je vous prendrai, rien ne sera rendu.”

C’est ainsi qu’il a interdit les dividendes.
Au beau prétexte de s’attaquer aux prébendes,
Il n’a pas hésité à se faire lapidaire.

A ceux qui avaient conservé quelques bijoux,
Il ne laissera qu’une poignée de cailloux,
Bientôt ils ne pourront que lui lancer des pierres.

Je sais, c’est loin d’être fameux, mais cela coûte quand même moins cher qu’un plan de relance. Et puis traiter l’économie à coups de mauvais vers est moins dangereux que de le faire à coups de mauvais argent.

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De l’humanitarisme à la barbarie et réciproquement

janvier 8, 2009 · 11 commentaires

Hier, participation à ce débat. Sans vouloir reprendre l’intégralité de ma pensée, je souhaite seulement apporté quelques petites réflexions sur le concept de barbarie, et sur la question humanitaire.

Il me semble qu’il existe une prétention folle à se placer dans une perspective civilisé/barbare, surtout dans le cadre d’une guerre qui a vocation à s’achever un jour. Décréter qu’un belligérant est barbare est un expédient facile pour ne pas avoir à pousser plus loin sa pensée. C’est aussi méconnaître la sauvagerie qui peut résider dans l’être humain le plus raffiné. Rien de mieux que cet extrait de Jünger pour l’illustrer:

Il nous faut prendre en compte ce qui était possible à la fin du XVIIIe siècle, si on le compare aux deux siècles précédents. La société est devenue beaucoup plus sensible, elle lui a poussé des rameaux plus délicats qu’au temps où La Rochefoucauld la peignait.Elle est, à beaucoup d’égards, tout à la fois  plus affinée et moins sûre d’elle. De nouvelles forces, relâchant les anciennes attaches, se sont infiltrées en elle, et déjà le point est atteint où elles sortent du domaine théorique, littéraire et philosophique pour pénétrer dans la réalité politique. Les coeurs sont devenus plus sentimentaux, ils ont perdu la cadence vigoureuse, chevaleresque, qui anime les Maximes de Vauvenargue, ou l’audace de Pascal, telles que le voisinage et l’expérience de dures persécutions la fait naître chez le croyant. Cependant l’audace n’est pas morte chez l’individu isolé. Seulement elle est devenue plus souple, comme les lames d’épée, et les années approchent où l’on en aura sans doute besoin. Sous peu Châteaubriand vivra cet instant où, alors qu’il regarde par la fenêtre de sa demeure, on lui tendra une tête coupée sur ‘une pique. Il ne reculera pas.

Rivarol et autres essais.

Ne nous leurrons pas sur nous-même et le sens de notre sensibilité collective. Nous restons capables de supporter une sauvagerie à la quelle nous serions confrontés autrement que par la télévision et de ne pas reculer.

tete_et_pique1

Le peuple des Lumières apporte son dîner à Châteaubriand

Alors sur la question de Gaza, acceptons plutôt la réflexion de Clausewitz sur la philantropie:

Les âmes philantropes pourraient alors aisément s’imaginer qu’il y a une façon artificielle de désarmer et de battre l’adversaire sans trop traiter de sang, et que c’est à cela que tend l’art véritable de la guerre. Si souhaitable que cela paraisse, c’est une erreur qu’il faut éliminer. Dans une affaire aussi dangereuse que la guerre, les erreurs dues à la bonté d’âme sont la pire des choses. (…)

Voilà comment il faut considérer les choses. Ignorer l’élément de brutalité, à cause de la répugnance qu’il inspire, est un gaspillage de force, pour ne pas dire une erreur.

Si les guerres des nations civilisées sont beaucoup moins cruelles et destructrice que celle des nations non-civilisées, cela tient à la situation sociale de ces Etats, autant à la leur propre qu’à celle que dicte leurs relations mutuelles.

De la guerre

Dans ces questions d’humanitaire, il importe peut-être de ne pas se laisser affoler par le petit bout de la lorgnette, mais bien de garder en vue l’essentiel de ce qu’est un conflit: une dialectique des volontés. A cet égard, il faudrait peut-être plutôt se demander si la principale faute d’Israël ne réside pas dans le fait de casser ce qui permet à son adversaire partenaire de structurer et d’appliquer sa volonté par l’usage quasi-systématique des assassinats ciblés de dirigeants palestiniens dans les territoires, plutôt que quelques tirs plus ou moins volontaires et légaux (au sens du Jus in bello) sur des écoles financées par l’ONU.

Finalement il me semble qu’ à ce sujet le cynisme est l’attitude la plus prometteuse et qu’il requiert une certaine forme de naïveté.

La preuve qu'on peut s'habiller en hussard, avoir l'air d'un minet et ne pas faire dans le sentimentalisme, Carl von Clausewitz

La preuve qu'on peut s'habiller en hussard, avoir l'air d'un minet et ne pas faire dans le sentimentalisme, Carl von Clausewitz

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Les cons

décembre 20, 2008 · Un commentaire

En sociologie de bistrots, ils forment le plus remarquable sujet d’étude. Ils savent se multiplier et se transformer à l’infini. S’il est une société mélangée, cosmopolite et métissée universelle, c’est bien la leur. Aucune barrière politique sociale ou idéologique n’interdit d’en faire partie. Quelques éminents dirigeants passé, présents et futurs en sont la remarquable démonstration.

Cette semaine deux occasions me donnent le commencement d’une typologie. D’abord dans une brasserie parisienne, un contact avec la plus belle vacuité intellectuelle. En m’asseyant dans la succursale d’une chaîne de pub qui normalement accueille la jeunesse branchée des petites villes de province, je découvris que pour l’homme d’affaire parisien, le décor pseudo-britannique est accueillant pour poursuivre ses activités de bureau pendant le repas. Une phrase reamarquable de vide et de prétention frappa mon oreille. Même Pierre Dac aurait hésité à le dire sérieusement: “Il faut qu’on ait une approche proactive ouine-ouine.” Encore une fois le monde et l’entreprise allaient être sauvés au troquet. Je maintins une écoute raisonnable en notant des bribes scandées de pitch, de “agressif” (le gars il en voulait, agressif qu’il faut être pour lui complaire). Le tout lié à l’emploi de locutions anglaises, genre: ” By the way il faudrait faire avancer notre road map“.

Surtout l’agressivité (être agressif c’est faire au moins tant de pourcent de marge, le rombier dixit) coïncidait avec un talent à vouloir faire porter le chapeau à d’autres. Là, le coupable était tout trouvé. Le nimbus en était sûr: “si le marketing avait fait son boulot“. C’est gai finalement de se trouver en contre-bas d’une telle conjugaison de suffisante grandiloquence.

Deuxième opportunité de rencontre avec la connerie à l’état brute, un commentaire chez Fromage. Cette fois on touche au sérieux politique. L’échange est le suivant, à propos des artistes immigrés du XXème siècle:

  1. Naïf dit :
    Mercredi 17 décembre 2008 at 4:58 Fromage,Vous nous faites la belle démonstration que la décadence de la culture française est le résultat d’un complot immigrationiste. Alimenter ainsi les tenants de la théorie du complot, ce n’est pas beau. C’est à cause de gens comme ces immigrés que des talents sont tombés dans l’ombre:
    http://fr.youtube.com/watch?v=-be65CIwE08
  2. ER dit :
    Mercredi 17 décembre 2008 at 10:56 “Vous nous faites la belle démonstration que la décadence de la culture française est le résultat d’un complot immigrationiste”L’obsessionnel complot immigrationiste!
    Conspiration immigrationiste ou pas, qu’on aime ou pas les artistes présentés, c’est plutot rejouissant de ne pas avoir que jean-pax mefret à se foutre dans les oreilles non? Moi je prefere écouter Albert Ayler (pouah un noir pas français!)

L’art bolchevique de prendre au premier degré ce qui est manifestement du second (et encore plus manifestement en cliquant sur le lien proposé), est aussi un beau signe de connerie. Le propagandiste égalisé et réconcilié a d’ailleurs bien raison de promouvoir la culture américaine impérialiste. Et puis, il y a quelques trucs bien chez Jean-Pax, et il était peut-être noir quand il les a écrit.

Finalement, je me demande s’il n’y a pas deux principes fondamentaux de la connerie: la grandiloquence vaniteuse et le sérieux obsessionnel.

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Surveillance, Etat et hystérie

novembre 29, 2008 · Un commentaire

Des appels d’offre récents de ministères variés pour la surveillance d’internet suscitent l’émoi à droite et à gauche. A la lecture (rapide) des appels d’offre, le principal reproche faits à l’Etat est de vouloir connaître et suivre l’opinion des chroniqueurs divers. Avec un peu de recul, je ne vois pas en quoi ela est choquant. A partir du moment où on écrit et on publie sur internet c’est dans l’espoir d’être lu. Si on critique le système, c’est bien pour le transformer. Qu’y a-t-il alors de choquant à ce que le gouvernement souhaite suivre les mouvements d’opinion?

La voix publique s’exprime depuis longtemps à travers des journaux, des libelles, des chansons … Tout bon gouvernement doit s’en préoccuper. Que cela gêne ceux qui souhaitent tout chambarder, c’est leur problème. A cet égard, la paranoïa des anarchistes, bolcheviques et autres trotskystes n’a rien de surprenant.

Pour moi, il me paraît sain que l’Etat se préoccupe de l’opinion, qu’il lise ceux qui ont quelque chose à écrire et veulent présenter leurs idées ou leurs états d’âme. Que monsieur Darcos s’intéresse à la réalité de l’Instruction Publique en faisant consulter les écrits de professeurs qui trouvent le temps de décrire ce qu’ils font est une bonne chose. Que ces mêmes professeurs s’étonnent de ne pouvoir traiter publiquement de tête de lard leur ministre ne me surprend pas non plus. Ils peuvent croire que leur pseudo-magistère les met au dessus des lois et de la bienséance, pourtant ils sont les premiers à se plaindre quand ils se font ridiculiser par leurs élèves.

Alors en dehors des songent-creux, des révolutionnaires et des niveleurs, je ne vois pas quels publicistes sont gênés de ce que le gouvernement cherche à connaître leurs avis. Il est temps que nos ministres s’intéressent à ce qui s’écrit de leur action et du politique sur internet au même titre qu’ils font faire des revues de presse. J’espère aussi qu’ils vont se mettre à argumenter et répondre par le biais des commentaires. Je serais heureux d’accueillir Nicolas Sarkozy ou François Fillon parmi mes lecteurs, même si c’est à travers le clavier de monsieur Princen.

Ces gens recherchent des convictions sur les blogs. Nous sommes faits pour nous entendre, j’en ai à leur offrir. J’en appelle donc à tous les défenseurs du style et de l’intelligence, encourageons-les à nous lire.

PS: Pour les pleureuses en tous genres, Rochefort ne s’est jamais plaint que les invités de Compiègne s’y rendent avec sa Lanterne, au contraire.

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Anarchie, consensus mou et billevesées

novembre 21, 2008 · Laisser un commentaire

Un certain amiral commente mon article précédent qui portait sur l’incohérence atavique de l’anarchiste. Je souhaite apporter quelques précisions complémentaires quant à ma pensée et à ses réflexions. Pour cadrer d’emblée l’échange et ne pas déclencher une querelle picrocholine susceptible de nuire gravement à des nuées de mouche, je tiens à signaler d’emblée que je me place dans la suite de cet aphorisme que Guitry place dans le bouche de Talleyrand:

Intervention et non-intervention sont deux concepts politiques opposés qui signifient approximativement la même chose.

Sur ce, je tiens à indiquer que je suis en parfait accord sur le fait que l’Etat devient étouffant. Il s’occupe de trop de choses et s’en occupe souvent mal. Plus grave, le citoyen a pris l’habitude de se tourner vers l’Etat dès que quelque chose pourrait le menacer dans sa quiétude béate. Cela tend à la boulimie étatique, une nouvelle forme de dépendance maladive. Cette évolution est nuisible à l’individu en ce qu’elle finit par le priver de son existence morale au profit de son confort matériel ou de son hygiène physique, au point que l’Etat est toujours prêt à imposer une nouvelle mesure qui fera notre bien malgré nous.

A cet égard, je crois que le constat de l’amiral est franchement identique au mien. C’est également le point où nous séparons. Je n’ai aucune sympathie pour l’activisme révolutionnaire et la tentation du chaos. J’apprécie encore suffisamment mes contemporains pour ne pas leur vouloir les malheurs d’une révolution.

In fine, j’adhére à ce qu’écrit Bainville dans ces quelques lignes:

Qu’elles [les dictatures] soient de droite ou de gauche et elles sont plus souvent de gauche que de droite, elles renferment toujours une large part d’inconnu. Il est préférable d’en faire l’économie, c’est à dire de ne pas en avoir besoin ou de ne pas y tomber sans le savoir.

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Anarchie et incohérence

novembre 19, 2008 · 4 commentaires

Je ne sais pas si c’est l’effet d’une éducation “comme il faut”, le résultat de plusieurs génération d’embourgeoisement ou l’élection de Sarkozy, mais l’anarchie me donne de l’urticaire. Espérer que l’harmonie naîtra du désorde et de l’absence de pouvoir (c’est si j’ai bien compris le rêve des anarchistes) me semble relever de la volonté profonde de pervertir l’ordre existant pour s’emparer du pouvoir ou d’une utopie bisounoursique qui laisse présager de lendemains qui déchante. Je note d’ailleurs qu’en général on commence par croire au gentil monde des bisounours qu’on cherche avant de virer à la tyrannie la plus délirante. Une histoire intégrale des révolutions est là pour en témoigner.

Alors quand je découvre ce magnifique communiqué, je me gausse. Que les idiots qui ont été arrêtés dans l’affaire des caténaires soient simplement des lampistes arrêtés pour rassurer la population, cela est possible. Dans ce cas je crois que la police, au fond, se moque complètement de “l’essentiel de leurs motivations”. Ensuite, je ne suis franchement pas sûr (toujours dans ce cas) que notre gouvernement ait les obscures intentions qui lui sont prêtées. C’est une action de comm de plus faite au détriment de quelques marginaux agités qui ont déjà manifesté leur propension à foutre le bordel.

Surtout, je remarque que l’hypothèse de l’innocence de ces valeureux et joyeux drilles d’un phalanstére du Cantal (ou de Corrèze) n’est pas franchement défendue. Les anars ne dénoncent pas une erreur judiciaire mais le fait que l’Etat exerce son autorité à leur encontre. Je ne vois pas ce qui peut les étonner, puisque l’Etat se comporte exactement comme ils l’attendent. Et puis ce refus de toute organisation ou parti quand précisément on appelle à une action et on fait diffuser ce genre de manifeste, c’est un peu comme dire: “personne ne vous le demande, surtout pas moi, mais faites-le”. D’ailleurs le parti de l’imaginaire qui revendique l’appel, n’est-ce pas un parti?

Enfin, j’ai lu ailleurs que l’objectif aurait été de contraindre les passagers du TGV à prendre du temps. Ce que le sondage à côté du manifeste semble corroborer. Alors l’incohérence arrive à son sommet. Après le parti qui organise une manifestation hors du cadre de tout parti ou organisation, nous aurions droit aux gentils anarchistes contempteurs de toute contrainte qui s’amuseraient à contraindre les gens à prendre du temps. C’est aussi charmant que Pol Pot qui a choisi de contraindre les citadins à visiter la campagne et les intellectuels à se livrer aux travaux des champs.

Encore un qui refusait de prendre du tempsexecution

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Louis Schweitzer, philosophe politique

novembre 9, 2008 · Laisser un commentaire

Le président de la Halde, ancien patron de Renault et membre du conseil d’administration du quotidien de référence, vient de prouver qu’il est également un philosophe politique de haut niveau qui relance la l’analyse critique de la démocratie. Quelque naïf avait pu essayer de s’en prendre aux imperfections des procédés démocratiques. Louis Schweitzer va plus loin et s’attaque à l’essence (Total ou BP, au choix) du peuple, fondement de la démocratie, et ce sur RTL, radio périphérique du système central. Quand il déclare le 6 novembre:

On ne représente pas la société telle qu’elle doit devenir. On confirme que certaines personnes doivent occuper certaines places. Or c’est important de montrer si on veut le changement qu’effectivement tout est possible à tout un chacun.

Pour celui qui a lu Carl Schmitt, il n’y a rien de nouveau à penser que le peuple est une entité souvent mal définie à éduquer, mais cet auteur reste plutôt confidentiel et n’a pas droit à la même audience que le pape autoproclamé infaillible de l’avenir radieux et multi-identitaire. Pourtant, il annonce déjà le messie Schweitzer lorsqu’il écrit dans Parlementarisme et démocratie:

Le coeur du principe démocratique reste ainsi préservé, notamment dans l’affirmation d’une identité entre loi et volonté populaire[de la société NdeNaïf], et, pour une logique abstraite, qu’on identifie la volonté de la majorité ou la volonté d’une minorité à la volonté du peuple ne fait en réalité aucune différence, du moment qu’en aucun cas il ne saurait s’agir de la volonté absolument unanime de tous les citoyens (y compris des citoyens mineurs).

Donc monsieur Schweitzer a raison, et contre la Constitution, la Halde doit incarner la volonté du peuple et veiller à rendre le peuple conforme à sa volonté. Mais il devrait parfois se demander si ce qu’il appelle de ces voeux n’est pas une de ces créatures à la Frankenstein prêtes à tuer celui qui les a engendrées.

Pour ce qui concerne la démocratie, je remercie Louis Schweitzer de nous rappeler qu’elle pose le problème essentiel de définir ce qu’est le peuple et ce qu’est sa volonté. Si lui-même est prêt à briser le consensus tacite qui répond à ces questions, il ne devrait pas s’étonner que d’autres s’en saisissent et donnent des réponses qui pourraient lui déplaire.

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Démocratie et perfection

octobre 6, 2008 · 2 commentaires

Voici un petit cas susceptible d’éclairer les imperfections de la démocratie. Afin d’éviter de me livrer aux reproches pertinents de quelque lecteur baroque, je ne me livrerais à aucun commentaire personnel.

Le cas est simple. Le procès d’un homme accusé de crimes graves, pires que des attaques anti-sémites dans le XIXème arrondissement de Paris arrive à son terme. Après réquisitoires et plaidoiries, le jury constitué de trois personnes doit maintenant prononcer son verdict.

Le premier juré, que nous appellerons A, est un naïf à tendance répressive pour lui, le prévenu est coupable et doit être condamné à mort, ou éventuellement à la prison à vie. Dans le pire des cas il sera acquitté.

Le deuxième juré, nommé B, est un candide féroce. Pour lui la culpabilité du prévenu est douteuse et il devrait être acquitté. Toutefois, si sa culpabilité est retenue, seule la mort peut lui faire expier son forfait. La prison à vie serait une sanction inadaptée.

Le troisième juré, que nous baptiserons Robert en hommage à un garde des sots, est un adversaire résolu de la peine de mort bien qu’il soit convaincu de la culpabilité du prévenu. Il souhaite donc le condamner à la prison à vie, sinon l’acquitter, mais en aucun cas le faire passer devant le bourreau.

Si le procès a lieu au Texas, la patrie de George W., le vote se dérouler selon la procédure du status quo. Les jurés déterminent si le prévenu est coupable avant de fixer la sentence. Dans ce cas, B et Robert se coalisent pour le déclarer innocent. En effet, si Robert le déclare coupable, c’est la peine de mort qui sera prononcée, ce qui lui est insupportable.

Si le procès a lieu dans la douce France d’avant 1981, c’est la tradition romaine qui s’applique. Au premier tour de scrutin on vote pour ou contre la sentence la plus sévère, et ainsi de suite. Alors A et B se coalisent contre Robert. Le candide B ne veut surtout pas de la prison à vie, et il préfère accepter d’envoyer le prévenu à la guillotine.

Enfin dans un dernier pays  c’est un autre système de vote qui est en vigueur. On commence par choisir la sentence qui s’applique au crime avant de déterminer la culpabilité. Dans ce cas le naïf A prête son aimable concours à Robert de peur qu’au tour suivant une coalition du candide B et de Robert conduise à l’acquittement. Le prévenu sera donc condamné à la prison à vie.

Ce cas est certes bien schématique, mais finalement ne sommes-nous pas obligés de raisonner ainsi quand il s’agit de choisir entre un trotskiste assoiffé, un bisounours vert, une dinde rose, une baudruche, un nabot fier à bras, un borgne déclinant et quelques comparses plus ou moins exotiques?

Par contre il paraît que quand on vote sur une alternative, il n’est pas possible d’employer le mode de scrutin pour magouiller. Le référendum serait en théorie le seul scrutin démocratique qui représenterait la volonté du peuple et satisferait au mieux sa satisfaction. C’est sans doute pour cette raison qu’on s’en méfie.

PS: une récompense incomparable à celui qui me donne le nom du théorème qui montre la perfection insurpassable et unique du référendum.

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