Fin de partie

Après 8 ans et quelques 300 billets, ce texte est le dernier publié séant. Non qu’il n’ y ait plus rien à dire, au contraire il y en aurait chaque jour un peu plus. Mais une forme de lassitude s’installe sans compter un climat de plus en plus délétère. Notre gouvernement n’ayant réussi qu’en une chose, à faire augmenter, dans la lignée de ses prédécesseurs, le ressentiment.

Cela devient presque physiquement palpable, au point que tout ce qui peut être dit ou écrit n’est que trop rarement compris. Essayer de faire comprendre la distinction entre intention et effet, entre souhaitable et possible est de plus en plus vain. Et sous la forme de ce blog, l’effet produit semble plutôt aller à l’opposé de l’intention. Le silence devient la forme la plus efficace d’expression, surtout en l’agrémentant de quelques piques goguenardes.

Il permet d’observer et d’attendre avant de voir Paris se retrouver avec la gueule de bois comme il y a 145 ans après l’explosion définitive d’un orage de ressentiments accumulés qui contraint un gouvernement à prendre la poudre d’escampette. Mais ce n’était aussi que l’annonce et les prémices d’un grand nettoyage au Chassepot. Quoiqu’il arrive, il est préférable de ne pas avoir à se reprocher de contribuer directement ou indirectement à provoquer ce genre d’événements.

L’auteur se complaira donc désormais à écouter les leçons du docteur Friedman, en regrettant que le traitement ne soit pas appliqué.

Et il continuera à sourire en se demandant si l’aventure ne risque pas de finir comme cela.

Verdun

Il y a plusieurs moyens pour évoquer Verdun: les statistiques, les discours politiques de mémoire rédigés au chaud par des plumes brillantes et sensibles, ou le jugement et le souvenir de ceux qui y ont participé. C’est aujourd’hui la meilleure méthode, en voici un exemple parmi d’autres.

C’est Verdun l’inconnu, la bourgade meusienne qui devient aux yeux de l’univers le trophée de la guerre immobile, et pour les régiments hagards l’enfer à fleur de terre. Tout se passe soudain comme si les grands chefs des armées en présence, las de leur impuissance, avaient décidé de s’affronter dans un tournoi cornélien, à cheval sur un fleuve, tous les drapeaux déployés. J’ai connu ce drame en deux fois, la première sur place avec les soldats immortels, la deuxième, vingt ans plus tard, auprès de celui qui sut garder la ville, dont la pensée, sans cesse, y retournait. Le sang coulé à flots sur les collines mortes, l’acharnement des combats, le symbole atroce d’une stratégie de castors ne suffisent pas à rendre compte de ces jours insensés, de ces nuits sans égales et de l’angoisse qui planait. Il y avait là une fatalité plus forte que l’homme en feu, une fièvre étrange, incontrôlable, un carrefour d’épouvante, à croire qu’une génération venait d’être appelée à l’honneur, à l’horreur de payer les vices de cent autres. C’était l’honneur d’abord, car, au fond de soi, chacun souhaitait se battre à Verdun pour ne pas connaître la honte de n’y être point allé. A partir de Souilly, de Clermont, un froid tombait en couperet sur l’enthousiasme et le soldat, par son silence, créait l’atmosphère de la grandeur. Se rendre au fort de Vaux, suivi de cent spectres, en les suppliant d’avancer pour échapper au barrage, couronner le fort dans la nuit d’une guirlande de poitrines pour que ses défenseurs sachent que la France est toujours là, former la vague bleue, la dérouler contre une vague verte, les mélanger, s’en dégager, tel était l’acte qui usait sur trois cent mètres trois mille hommes en trois jours.

– Monsieur l’abbé, vous voulez donc mourir le jour de Pâques?

Trop tard : l’obus a coupé en deux le Père de Lacroze, notre cher aumônier. Les Boches ont pris la tranchée par la gauche au calibre 15, et ils l’ont écrasée jusqu’à la droite, puis ils sont revenus, ont recommencé. Dans le soir qui tombe, le Mort-Homme est si crevé qu’il en reste blanc. Allons, mes amis plus que cent mètres jusqu’au sommet. J’en descends un qui saute comme une carpe. Ça fait plaisir. Une bonne petite mêlée sans arbitre! Mais les deux artilleries, trompées par des fusées folles, tirent dans le tas et mettent tout le monde d’accord. Les Allemands sont-ils chez eux ou sommes-nous chez nous? Les communiqués du lendemain prouvent qu’amis et ennemis ont les uns et les autres pris le Mort-Homme. Comme on a soif au printemps! Les blessés, sachant que nul ne peut rien pour eux, comptent les étoiles. Le général l’a dit donc c’est vrai: après ça, il n’y aura plus de guerre.

Georges Loustaunau-Lacau, Mémoires d’un français rebelle

Sur le débat constitutionnel

Depuis une bonne semaine, le débat sur la révision constitutionnelle, où ce qui en tient lieu, a été lancé à l’initiative du gouvernement qui a enfin sorti son projet de loi magique qui va tous nous sauver dans notre détresse. La polémique se focalise sur un point particulier, la déchéance de la nationalité, alors que le sujet est largement plus vaste :

– opportunité de procéder à une révision constitutionnelle qui dans l’esprit à des conséquences majeures ;

– intérêt d’une réforme qui dans le fond ne change rien puisque la jurisprudence du conseil constitutionnel vient de valider les nouvelles modalités de l’état d’urgence.

La constitution de 1958 a cette particularité d’avoir été écrite et appliquée initialement dans une période de légers troubles continus et de comporter les outils nécessaires pour dans certaines conditions exceptionnelles s’affranchir du cadre de l’état de droit. Pourtant notre gouvernement estime qu’elle doit êre révisée après une attaque terroriste d’ampleur après avoir si bien survécu à la guerre d’Algérie, avec un putsch, quelques insurrections armées, une série d’attentats pas que d’opérette contre la vie du chef de l’état, toutes petites billevesées qui ont donné l’occasion de mettre en pratique l ‘ensemble des mesures d’exception envisageables, de les voir contester devant les plus hauts tribunaux grâce à la hargne d’avocats factieux dont les mémoires méritent d’être lues (maîtres Tixier-Vignancourt, Isorni ou Varaud pour ne citer qu’eux).

Mais il semble qu’aujourd’hui elle ne soit plus à la hauteur des événements à moins que ce ne soit notre gouvernement, mais avec des gens aussi éclairés, serait-ce possible ?

Pourtant le débat ne tourne qu’autour du point qui en a été au départ l’arlésienne mais qu’on a finalement vu en vrai : la déchéance de la nationalité pour les vilains qui ne se sentent pas français et qui en plus veulent faire la guerre à la France. Les partisans habituels de la liberté y voient un scandale, une catastrophe et poussent leurs hauts cris habituels. Ce faisant, ils négligent que ce n’est pas la question centrale posée qui est bien celle de la permanence de la constitution et de son intangibilité en temps de crise qui est bien l’esprit prévu par l’article 89. Mais en faisant cela ils rentrent surtout dans le jeu et la manœuvre qui consiste à remplacer une question par une autre et à amener les parlementaires ou les électeurs à se prononcer sur autre chose que sur le sujet. Ils acceptent la dichotomie suggérée par notre premier ministre entre ceux qui défendent la France et ceux qui défendent activement la liberté, les droits de l’homme et tout le tremblement, dichotomie qui, hélas, repose aussi sur des préjugés pas totalement dénués de fondement.

Nous aurons donc d’un côté le camp des indécrottables bisounours irresponsables qui au nom de la liberté veulent imposer l’impunité et de l’autre celui des gens raisonnables qui préfèrent quelques abandons sur les droits des personnes au prix d’un état d’urgence élevé au niveau de l’état de siège, facile à mettre en œuvre sans devoir prendre le risque de confier de pouvoirs à de dangereux soudards. Bref, la raison assurera le droit à géométrie variable selon les besoins du moment aux mains du gouvernement qui représente bon an mal an un cinquième du corps électoral. Ce sont certainement les termes du débat que veut nous proposer le gouvernement, mais faut-il l’accepter ?

Ce serait regrettable car la défense de la Constitution pourrait rassembler beaucoup plus largement ceux qui estiment que ce sont plutôt notre classe politique actuelle qui est en dessous de tout et d’une impéritie confirmée. Au vu des élections, il semblerait pourtant que ce serait la majorité ou presque des gentils électeurs. Mais pour cela il faudrait enfin songer à arrêter de vouloir construire le gouvernement sur de grands principes, de grandes valeurs bien généreuses et commencer à vouloir réfléchir sur les causes et les conséquences bien plus que sur les intentions proclamées. Un exercice peut-être trop difficile !

Faute de le faire nous risquons surtout d’avoir droit à la reconduction d’une équipe qui perd en 2017 et de continuer à voir monter la pression dans la marmite, tant pis.

Arrogance contemporaine

Il y a quelques jours le nommé Oskar Gröning a été condamné par un tribunal allemand et cela nous a valu cette interview étonnante. Etonnante, car comportant un certain nombre de mensonges et d’approximations qui ne devraient pas avoir leur place dans un grand quotidien. En voici l’essentiel

1. c’est le représentant du système nazi de l’époque qui est condamné
Autant dire que le surveillant de la Santé qui conduit la fouille ou que celui qui procède à la mise sous écrou sont des représentants de la politique pénale de madame Taubira ou du gouvernement de monsieur Valls et que s’ils venaient à être jugés et condamnés, ce serait la justice de madame Taubira ou le gouvernement de monsieur Valls qui seraient condamnés. En effet, c’était à peu  près le niveau de responsabilités de Gröning.

2. Oscar Gröning est le premier responsable nazi (même s’il était très jeune à l’époque) à avoir demandé pardon aux représentants des victimes dans le cadre d’un procès
Justement à Nuremberg le chef des jeunesses hitlériennes, au sujet du cas de Hoess chef du camp d’Auschwitz, tint ce langage en 1946:

Devant Dieu, devant la nation allemande et devant le peuple allemand, je porte seul la culpabilité d’avoir entraîner notre jeunesse derrière un homme [Hitler] que j’ai longtemps considéré irréprochable… C’est ma faute… La politique raciale de Hitler était un crime qui a conduit au désastre 5 millions de Juifs et tous les Allemands.

Version anglaise intégrale (page 452, 24 mai 1946):I should like to say the following in connection with Hoess’ case. I have educated this generation in faith and loyalty to Hitler. The Youth Organization which I built up bore his name. I believed that I was serving a leader who would make our people and the youth of our country great and happy and free. Millions of young people believed this, together with me, and saw their ultimate ideal in National Socialism. Many died for it. Before God, before the German nation, and before my German people I alone bear the guilt of having trained our young people for a man whom I for many long years had considered unimpeachable, both as a leader and as the head of the State, of creating for him a generation who saw him as I did. The guilt is mine in that I educated the youth of Germany for a man who murdered by the millions. I believed in this man, that is all I can say for my excuse and for the characterization of my attitude. This is my own-my own personal guilt. I was responsible for the youth of the country. I was placed in authority over the young people, and the guilt is mine alone. The younger generation is guiltless. It grew up in an anti-Semitic state, ruled by anti-Semitic laws. Our youth was bound by these laws and saw nothing criminal in racial politics. But if anti-Semitism and racial laws could lead to an Auschwitz, then Auschwitz must mark the end of racial politics and the death of anti-Semitism. Hitler is dead. I never betrayed him; I never tried to overthrow him; I remained true to my oath as an officer, a youth leader, and an official. I was no blind collaborator of his; neither was I an opportunist. I was a convinced National Socialist from my earliest days-as such, I was also an anti-Semite. Hitler’s racial policy was a crime which led to disaster for 5,000,000 Jews and for all the Germans. The younger generation bears no guilt. But he who, after Auschwitz, still clings to racial politics has rendered himself guilty.

De là à conclure qu’un représentant du pouvoir nazi a reconnu sa responsabilité et sa culpabilité (répétée dans ses mémoires) assez tôt, ce n’est peut-être pas faux.

3. Oscar Gröning a fait ce chemin-là, il a exprimé publiquement le regret de ses actions commises. Il est vrai que cela vient très tard.
Certes, mais cela fait quand même 30 ans (1985) qu’il a avoué son passé et pour contrebattre de la propagande négationniste par son témoignage.

Au fond la condamnation du rouage Gröning est de peu d’importance. Mais l’attitude qui consiste à suggérer « enfin, nous en avons conduit un à regretter » est franchement immonde, surtout quand celui qui en est l’objet a reconnu les faits pour établir la vérité historique du massacre auquel il a été associé. En outre, c’est se faire une réputation de haute morale en reprochant à nos pères de ne pas avoir été capables de faire le ménage que nous réussissons enfin. Le tout, en affirmant une ignorance crasse qui permet de faire du passé table rase!

Re: C’est Adolphe qu’il nous faut

Depuis un peu plus d’un an, la droite est à la recherche de quelqu’un pour gouverner. A la manière dont elle s’y prend on pourrait d’ailleurs croire que cela fait un siècle et qu’elle n’a encore trouvé personne pour succéder à Poincaré. Surtout elle ne semble pas prête d’y arriver depuis qu’elle a sacrifié son crocodile préféré en l’accusant de s’être pris pour Moïse, sous prétexte qu’il voulait fêter les 600 ans de la naissance de Jeanne d’Arc en écoutant les voix sorties d’un buisson ardent.

Il est vrai que l’UMP, rassemble des gens bizarres tel celui qui a longtemps vécu dans une ville communiste qu’il croit que ce sont ses électeurs qui sont incapables de comprendre la démocratie. On croirait presque avec ces propos que M. Rufenacht est devenu davantage bolcheviste que Le Havre ne s’est métamorphosé en port de droite. C’est bien simple l’électeur de droite est muet comme une carpe et sourd comme un pot.

Quand il impose à la candidate officielle Dati un deuxième tour dans le VIIe arrondissement, c’est un lamentable accident de parcours. Quand la dame Kosciuzko-Morizet gagne avec 58 % des suffrages un plébiscite nord-coréen, cela ne traduit pas le doute du bourgeois parisien quant à la santé mentale de quelqu’un qui aime tant recevoir des tomates de l’extrême-gauche qu’elle en accuse l’extrême-droite. Quand le gendre idéal Lemaire doit rester à la porte des meilleurs lycées privés parisiens au lieu d’y dédicacer son dernier opus, c’est un climat de confusion certainement entretenu par une météo pluvieuse et pas la méfiance envers l’auteur des 5 propositions aussi nombrilistes que démagogiques d’un député.

D’ailleurs, si les Français tardent tant à signer c’est parce que ce sont des bœufs incapables de se mobiliser pour une juste cause : leur incapacité à départager Laurel et Hardy dans leur spectacle permanent, le Président d’UMP (dans les meilleurs JT depuis septembre 2012, reprise annuelle jusqu’en 2022).

Certes, c’est mal. Mais on finit par croire qu’il nous faut quelqu’un comme Adolphe. Un homme capable d’entendre le peuple des pigeons, des poussins et les 700 000 blaireaux de province qui ont suivi l’appel d’un obscur maire des Yvelines. Pas une intelligence, il y en a déjà trop à l’UMP, ni une vie privée morale et bourgeoise pourvu qu’il défende la famille. Il faut un homme capable de saisir l’instant où les politiciens responsables de l’état catastrophique du pays sont contraints à raser les murs et ne peuvent se montrer ans provoquer un début d’émeute. C’est quelqu’un capable de redresser les finances même s’il s’est acoquiné avec les gros banquiers qu’il nous faut. Un caractère suffisamment brutal et retors pour libérer le pays de l’invasion étrangère et de faire tirer sur la racaille en ébullition, quitte à mettre le feu aux bâtiments de la capitale. Qui accepte parfaitement que ces sbires envoient les plus vieux au poteau parce qu’ils ont fait mai 68 juin 48. Un de ceux capables de s’appuyer sur le sabre et le goupillon pour mettre en place un nouveau régime. Voilà ce qu’il nous faut : un homme, un chef qui ne craigne pas de faire œuvre d’injustice, un élève de Machiavel, qui se moque d’être modéré.

Ce qu’il nous faut, c’est Adolphe Thiers.

Promenade de marbres

DSC_0271 DSC_0290 DSC_0300 DSC_0303 DSC_0312 DSC_0306 DSC_0320 DSC_0322 DSC_0338

Piketty contre le service public

Lorsqu’on demandait au peintre Claude Monet pourquoi il arborait son insigne de commandeur de la Légion d’Honneur, il répondait: « Parce que cela épate le chef de gare! »

C’est à cette aune qu’il faut voir le refus du sieur Piketty. Il a une telle aversion pour le service public et un tel mépris envers ses employés qu’il se refuse à les épater. Ou alors, il estime qu’il n’a pas besoin de cela pour être distingué de Mimy Mathie, ce en quoi il se trompe. Joséphine Ange Gardien a certainement plus fait pour le bonheur des Français que l’auteur du Capital et ses idées.

Noël, la libre pensée

La libre pensée guette les petits enfants à la sortie de la messe de minuit avec le soutien de l’éducation nationale. Elle est en retard. On en profite pour tuer le père Noël. Le peuple craint que la lèpre ne se répande et les aristocrates sont de retour.

Ceci est une critique cinématographique.

« Invraisemblable, à classer sans suite »

La collection TEXTO a réédité récemment le « Manifeste du camp numéro 1 » et on le trouve sur certains présentoirs de librairie. Plutôt que d’écrire des souvenirs auxquels peu auraient cru, Jean Pouget a préféré faire un roman sur les prisonniers d’Indochine. A lire, parce que ce n’est pas simplement l’histoire de souffrances mais surtout un récit sur la subversion, la tentative de briser des âmes. On y trouve aussi un véritable kaléidoscope de portraits, sans manichéisme, puisque sur les deux seuls communistes, on ne peut manquer d’en apprécier un.

Et on ne peut qu’admirer la manière dont des jeux de mots ont pu soutenir l’espérance, que ce soit cette population civile (et si bonne) ou ce slogan malheureusement dénaturé par la censure qui oblige à y ajouter un mot: « VIVE LES FEMMES DU MONDE ».

Sans légende

Parfois on voit des choses communes et étranges. On ne sait qu’en dire. Lecteurs, dites ce que cela peut être.

DSC_0093DSC_0096DSC_0108DSC_0109