Arrogance contemporaine

Il y a quelques jours le nommé Oskar Gröning a été condamné par un tribunal allemand et cela nous a valu cette interview étonnante. Etonnante, car comportant un certain nombre de mensonges et d’approximations qui ne devraient pas avoir leur place dans un grand quotidien. En voici l’essentiel

1. c’est le représentant du système nazi de l’époque qui est condamné
Autant dire que le surveillant de la Santé qui conduit la fouille ou que celui qui procède à la mise sous écrou sont des représentants de la politique pénale de madame Taubira ou du gouvernement de monsieur Valls et que s’ils venaient à être jugés et condamnés, ce serait la justice de madame Taubira ou le gouvernement de monsieur Valls qui seraient condamnés. En effet, c’était à peu  près le niveau de responsabilités de Gröning.

2. Oscar Gröning est le premier responsable nazi (même s’il était très jeune à l’époque) à avoir demandé pardon aux représentants des victimes dans le cadre d’un procès
Justement à Nuremberg le chef des jeunesses hitlériennes, au sujet du cas de Hoess chef du camp d’Auschwitz, tint ce langage en 1946:

Devant Dieu, devant la nation allemande et devant le peuple allemand, je porte seul la culpabilité d’avoir entraîner notre jeunesse derrière un homme [Hitler] que j’ai longtemps considéré irréprochable… C’est ma faute… La politique raciale de Hitler était un crime qui a conduit au désastre 5 millions de Juifs et tous les Allemands.

Version anglaise intégrale (page 452, 24 mai 1946):I should like to say the following in connection with Hoess’ case. I have educated this generation in faith and loyalty to Hitler. The Youth Organization which I built up bore his name. I believed that I was serving a leader who would make our people and the youth of our country great and happy and free. Millions of young people believed this, together with me, and saw their ultimate ideal in National Socialism. Many died for it. Before God, before the German nation, and before my German people I alone bear the guilt of having trained our young people for a man whom I for many long years had considered unimpeachable, both as a leader and as the head of the State, of creating for him a generation who saw him as I did. The guilt is mine in that I educated the youth of Germany for a man who murdered by the millions. I believed in this man, that is all I can say for my excuse and for the characterization of my attitude. This is my own-my own personal guilt. I was responsible for the youth of the country. I was placed in authority over the young people, and the guilt is mine alone. The younger generation is guiltless. It grew up in an anti-Semitic state, ruled by anti-Semitic laws. Our youth was bound by these laws and saw nothing criminal in racial politics. But if anti-Semitism and racial laws could lead to an Auschwitz, then Auschwitz must mark the end of racial politics and the death of anti-Semitism. Hitler is dead. I never betrayed him; I never tried to overthrow him; I remained true to my oath as an officer, a youth leader, and an official. I was no blind collaborator of his; neither was I an opportunist. I was a convinced National Socialist from my earliest days-as such, I was also an anti-Semite. Hitler’s racial policy was a crime which led to disaster for 5,000,000 Jews and for all the Germans. The younger generation bears no guilt. But he who, after Auschwitz, still clings to racial politics has rendered himself guilty.

De là à conclure qu’un représentant du pouvoir nazi a reconnu sa responsabilité et sa culpabilité (répétée dans ses mémoires) assez tôt, ce n’est peut-être pas faux.

3. Oscar Gröning a fait ce chemin-là, il a exprimé publiquement le regret de ses actions commises. Il est vrai que cela vient très tard.
Certes, mais cela fait quand même 30 ans (1985) qu’il a avoué son passé et pour contrebattre de la propagande négationniste par son témoignage.

Au fond la condamnation du rouage Gröning est de peu d’importance. Mais l’attitude qui consiste à suggérer « enfin, nous en avons conduit un à regretter » est franchement immonde, surtout quand celui qui en est l’objet a reconnu les faits pour établir la vérité historique du massacre auquel il a été associé. En outre, c’est se faire une réputation de haute morale en reprochant à nos pères de ne pas avoir été capables de faire le ménage que nous réussissons enfin. Le tout, en affirmant une ignorance crasse qui permet de faire du passé table rase!

Re: C’est Adolphe qu’il nous faut

Depuis un peu plus d’un an, la droite est à la recherche de quelqu’un pour gouverner. A la manière dont elle s’y prend on pourrait d’ailleurs croire que cela fait un siècle et qu’elle n’a encore trouvé personne pour succéder à Poincaré. Surtout elle ne semble pas prête d’y arriver depuis qu’elle a sacrifié son crocodile préféré en l’accusant de s’être pris pour Moïse, sous prétexte qu’il voulait fêter les 600 ans de la naissance de Jeanne d’Arc en écoutant les voix sorties d’un buisson ardent.

Il est vrai que l’UMP, rassemble des gens bizarres tel celui qui a longtemps vécu dans une ville communiste qu’il croit que ce sont ses électeurs qui sont incapables de comprendre la démocratie. On croirait presque avec ces propos que M. Rufenacht est devenu davantage bolcheviste que Le Havre ne s’est métamorphosé en port de droite. C’est bien simple l’électeur de droite est muet comme une carpe et sourd comme un pot.

Quand il impose à la candidate officielle Dati un deuxième tour dans le VIIe arrondissement, c’est un lamentable accident de parcours. Quand la dame Kosciuzko-Morizet gagne avec 58 % des suffrages un plébiscite nord-coréen, cela ne traduit pas le doute du bourgeois parisien quant à la santé mentale de quelqu’un qui aime tant recevoir des tomates de l’extrême-gauche qu’elle en accuse l’extrême-droite. Quand le gendre idéal Lemaire doit rester à la porte des meilleurs lycées privés parisiens au lieu d’y dédicacer son dernier opus, c’est un climat de confusion certainement entretenu par une météo pluvieuse et pas la méfiance envers l’auteur des 5 propositions aussi nombrilistes que démagogiques d’un député.

D’ailleurs, si les Français tardent tant à signer c’est parce que ce sont des bœufs incapables de se mobiliser pour une juste cause : leur incapacité à départager Laurel et Hardy dans leur spectacle permanent, le Président d’UMP (dans les meilleurs JT depuis septembre 2012, reprise annuelle jusqu’en 2022).

Certes, c’est mal. Mais on finit par croire qu’il nous faut quelqu’un comme Adolphe. Un homme capable d’entendre le peuple des pigeons, des poussins et les 700 000 blaireaux de province qui ont suivi l’appel d’un obscur maire des Yvelines. Pas une intelligence, il y en a déjà trop à l’UMP, ni une vie privée morale et bourgeoise pourvu qu’il défende la famille. Il faut un homme capable de saisir l’instant où les politiciens responsables de l’état catastrophique du pays sont contraints à raser les murs et ne peuvent se montrer ans provoquer un début d’émeute. C’est quelqu’un capable de redresser les finances même s’il s’est acoquiné avec les gros banquiers qu’il nous faut. Un caractère suffisamment brutal et retors pour libérer le pays de l’invasion étrangère et de faire tirer sur la racaille en ébullition, quitte à mettre le feu aux bâtiments de la capitale. Qui accepte parfaitement que ces sbires envoient les plus vieux au poteau parce qu’ils ont fait mai 68 juin 48. Un de ceux capables de s’appuyer sur le sabre et le goupillon pour mettre en place un nouveau régime. Voilà ce qu’il nous faut : un homme, un chef qui ne craigne pas de faire œuvre d’injustice, un élève de Machiavel, qui se moque d’être modéré.

Ce qu’il nous faut, c’est Adolphe Thiers.

Promenade de marbres

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Piketty contre le service public

Lorsqu’on demandait au peintre Claude Monet pourquoi il arborait son insigne de commandeur de la Légion d’Honneur, il répondait: « Parce que cela épate le chef de gare! »

C’est à cette aune qu’il faut voir le refus du sieur Piketty. Il a une telle aversion pour le service public et un tel mépris envers ses employés qu’il se refuse à les épater. Ou alors, il estime qu’il n’a pas besoin de cela pour être distingué de Mimy Mathie, ce en quoi il se trompe. Joséphine Ange Gardien a certainement plus fait pour le bonheur des Français que l’auteur du Capital et ses idées.

Noël, la libre pensée

La libre pensée guette les petits enfants à la sortie de la messe de minuit avec le soutien de l’éducation nationale. Elle est en retard. On en profite pour tuer le père Noël. Le peuple craint que la lèpre ne se répande et les aristocrates sont de retour.

Ceci est une critique cinématographique.

« Invraisemblable, à classer sans suite »

La collection TEXTO a réédité récemment le « Manifeste du camp numéro 1 » et on le trouve sur certains présentoirs de librairie. Plutôt que d’écrire des souvenirs auxquels peu auraient cru, Jean Pouget a préféré faire un roman sur les prisonniers d’Indochine. A lire, parce que ce n’est pas simplement l’histoire de souffrances mais surtout un récit sur la subversion, la tentative de briser des âmes. On y trouve aussi un véritable kaléidoscope de portraits, sans manichéisme, puisque sur les deux seuls communistes, on ne peut manquer d’en apprécier un.

Et on ne peut qu’admirer la manière dont des jeux de mots ont pu soutenir l’espérance, que ce soit cette population civile (et si bonne) ou ce slogan malheureusement dénaturé par la censure qui oblige à y ajouter un mot: « VIVE LES FEMMES DU MONDE ».

Sans légende

Parfois on voit des choses communes et étranges. On ne sait qu’en dire. Lecteurs, dites ce que cela peut être.

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Insoutenable légèreté de la linotte

Une chanteuse asthmatique a tenu récemment quelques propos sur la légèreté parisienne dans les années 1940, à l’époque où le vert de gris ne servait pas à l’art contemporain, mais au prêt à porter masculin. Immédiatement les senseurs de nauséabonderie ont déclenché l’alarme et sonner le tocsin de Libération. Avec leur fosse d’aisance coutumière ils ont repeint de merde quelques artistes et n’ont pas hésité à présenter notre héroïne au souffle court comme une émule de dangereux artistes qui remplissaient les salles*: Sacha Guitry et Charles Trénet.

Bien sûr, ces deux artistes sont des affreux, le premier surtout qui a déporté dix Juifs avec les gloires de la France dans un livre intitulé de Jeanne d’Arc à Philippe Pétain et publié en 1943 et qui n’a pas hésité à dénoncer en 1947 les libérateurs qui l’avaient cloué au pilori dans ses souvenirs « Quatre ans d’occupations » dont la lecture est davantage recommandée que celle du présent blog.

On y trouve d’ailleurs ce petit témoignage de légèreté mal placée et d’intelligence avec l’ennemi retrouvé dans les archives de la Propagandastaffel:

Paris, 24 juillet 1943.
Monsieur le chef
de la Censure Allemande,
Paris

Monsieur,

Je dois donner au mois d’octobre prochain une comédie musicale intitulée « Le Dernier Troubadour ». C’est M. Charles Trénet qui en fera la musique et l’ouvrage sera joué et chanté par Geneviève Guitry, et par Charles Trénet dans les deux rôles principaux.
Etant sur le point de commencer d’écrire la pièce je vous en adresse le résumé.
Le premier acte se passe de nos jours.
Un jeune homme et une jeune femme (Lui et Elle) ont réuni quelques amis à dîner et, tous, se demandent quand la guerre finira.

Restés seuls tous les deux, Elle et Lui, ils interrogent les Esprits, en se servant d’une petite table.
Un instant plus tard paraît a femme de chambre qui ne ressemble pas du tout à celle que l’on avait vu au début de l’acte. C’est une fée. Elle leur dit que pour être renseigné sur l’Avenir, il n’est rien de mieux que de consulter le Passé, ils y trouveront cent raisons d’avoir confiance dans le destin de la France. Elle leur conseille d’aller passer quelques heures à Paris en 1423-25 ou 29. Ils s’engagent, Elle et Lui, à conserver ce secret pour eux seuls au cours de leur visite dans le Passé et à leur retour dans le Présent.

Le deuxième acte se passe à Paris dans une taverne, pendant l’Occupation anglaise qui a duré cent ans et qui se termine enfin quand Jeanne d’Arc est apparue.
Lui, qui était chanteur dans une boîte de nuit à Paris, devient dans le passé le dernier troubadour. Il chante dans la taverne et elle, elle danse.
Pendant tout le deuxième acte, il y a, bien entendu, des allusions à la vie que mène actuellement les Parisiens: difficultés à se procurer de l’étoffe pour se vêtir, des aliments pour se nourrir, etc., etc., marché noir, etc., etc.

Au troisième acte, ils reviennent du Passé ayant compris bien des choses, plus intelligents, plus confiants dans leur pays et plus amoureux l’un de l’autre.
Il m’apparaît qu’un tel ouvrage, traité légèrement, peut apporter un peu de réconfort à mes compatriotes malheureux.
Et, en attendant votre visa préalable, je vous prie Monsieur, de bien vouloir agréer les témoignages de mes sentiments distingués.

Sacha Guitry

Est-ce l’allusion déplacée à la taverne dans le pays qui venait d’instaurer la licence IV, un manque d’esprit annonciateur de notre presse ou la volonté de ne pas fournir plus tard des arguments qui auraient pu invalider l’opinion de Libération quant à la légèreté de la vie parisienne, monsieur le Censeur Allemand ne daigna pas répondre.

Aujourd’hui, à l’exemple de cette oeuvre sur les gloires françaises citée plus haut, un mauvais plaisant pour écrire un ouvrage intitulé « Du Pilori à Libération, 75 ans de condamnations par voie de presse ».

* remplir une salle et avoir du succès public, n’est-ce pas la preuve d’une absence totale de sens artistique?

Asile

Grâce au système citoyen de contrôle par transparence, nous avons appris qu’il existe trois députés sains d’esprit. Cette nouvelle est quelque peu surprenante puisqu’il paraît difficile d’imaginer qu’il pût en exister autant. Pourtant la preuve du délit est là: ces trois sages possèdent un comptes en Suisse. Participer au vote du budget, connaître les taxes et leur propension à la génération socialiste spontanée et placer ses fonds hors de portée de notre gouvernement est une la marque d’une rare absence de démence. Heureusement, la majorité veille et elle demande l’expulsion du palais bourbons de ces trois renégats. Grâce à un bon coup de balai nous aurons enfin la chance d’avoir un parlement qui soit un vrai asile dans lequel de rares élus peuvent en toute tranquillité soigner leurs phobies y compris administratives.

 Malgré cette déconvenue, nos diafoirus aliénistes étendent leur emprise aux domaines les plus récalcitrants. Jusqu’à présent nul n’avait réussi à convaincre de ses turpitudes vestimentaires un scientifique brillant s’obstinant à annoncer ses réussites dans ses habituelles chemises de type hawaïen et chaussé de véritables tongs. L’homme de bon sens sait que cela n’a rien à voir avec le départ d’une fusée et qu’il importe de dissocier le fond de la forme. Pourquoi perdre son temps à fréquenter les coiffeurs, les chausseurs et les couturiers quand on est chargé de pénibles calculs? Cette indifférence aux folies du temps n’est heureusement plus de mise comme vient de l’apprendre ce membre de l’équipe Rosetta.

Moissons et racines

Lorsqu’on traverse les plaines du nord et de l’est de la France, on continue à voir partout les traces de la guerre. Régulièrement les labours sont coupées de champs de croix hérités de la moisson de 14-18, juste signalés par un drapeau tricolore. Sur une large bande on ne trouve plus de maisons d’avant-guerre dans les villages, et on doit se contenter d’habitations et de fermes grises en béton qui restent pourtant plus élégantes que nos lotissements du XXIe siècle. Surtout et partout sur la terre labourée par les orages d’acier où les morts ont été semés en masse, les églises ont repoussé en pierre avec souvent des formes qui rappellent le cataclysme. Je ne sais pas si la France d’aujourd’hui est chrétienne, mais en quelques heures de route en Champagne, dans l’Argonne, l’Artois, les Flandres, la Meuse il devient clair que celles de nos grands-parents l’était et qu’ils ont voulu nous la transmettre ainsi.

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